The Free French Air Force

 

Les Forces aériennes françaises libres sont créées le 7 juillet 1940 à Londres et placées (provisoirement) sous les ordres de l'amiral Muselier, commandant les Forces navales françaises libres.

 

Pilotes français rejoignant leurs appareils en vue d'un décollage immédiat. Source :  Photo Fondation de la France Libre

 

 

Le ralliement


 

Le ralliement initial concerne six cents volontaires, pour la plupart des jeunes en cours de formation (150 élèves pilotes rejoignent l'Angleterre sous les ordres du lieutenant Pinot). Les personnels d'active sont ceux que leur affectation avait empêché de participer aux combats de 1939-1940 ou ceux affectés en Syrie, au Liban ou dans les territoires d'Outre-Mer. Leur nombre peut être évalué à 400. Les ralliements ultérieurs, essentiellement par l'Espagne, portent les effectifs à 3000 environ, la date limite de reconnaissance «Forces aériennes françaises libres» étant fixée au 31 juillet 1943.

 

Le général de Gaulle décide que les FAFL constitueront au plus tôt des unités purement françaises ce qui n'exclut pas, surtout au début, l'engagement de certains d'entre eux, à titre Français, dans des unités de la Royal Air Force. Cette mesure persiste et plusieurs FAFL seront amenés à commander des squadrons et même des wings (escadres de la Royal Air Force). Il conclut avec la RAF un accord sur l'entraînement dans la RAF de centaines de jeunes FAFL. À plusieurs reprises, les arrestations lors de tentatives de ralliement considérées par les autorités de Vichy comme «déserteurs au profit d'une puissance étrangère» amènent des condamnations de prison, de travaux forcés : certains arrêtés par les Allemands sont fusillés (sergent Devouassoud et sergent-chef Dorange le 12 avril 1941). Les premiers Compagnons de la Libération sont les membres de l'équipage du capitaine de Vendeuvre: lieutenants Weill, Berger et Duplessis, abattus par la DCA espagnole le 20 juin 1940 alors qu'ils rejoignent Gibraltar.



Après un court entraînement opérationnel, 13 pilotes rejoignent à compter du 1er août 1940 des squadrons de chasse de la RAF qui participent à la Bataille d'Angleterre, dont l'issue va être décisive pour l'avenir de la Grande-Bretagne. Dix de ces pilotes seront ultérieurement abattus. Parmi les trois autres, un des survivants, Jean Demozay, a une carrière brillante dans la RAF, dont il commandera un squadron. Il a 22 victoires lorsqu'il est retiré des opérations fin 1942. Le colonel Henry Lafont est aujourd'hui le seul survivant de ces treize premiers pilotes.

 

Il n'y a de 1940 à 1942 aucune bataille terrestre continue en Europe mais une bataille aérienne et navale significative : l'Afrique est un champ de bataille terrestre actif. Plusieurs unités FAFL, parfois éphémères, sont appréciées au Moyen-Orient par les Britanniques, face aux forces de l'Axe. La deuxième escadrille de chasse française (2nd Free French Flight), sous les ordres du lieutenant Denis, participe à la défense de Tobrouk, abat 16 avions ennemis et est la première unité Française Libre à être faite Compagnon de la Libération. Dans le même temps, des unités FAFL («Menace» et «Topic») quittent l'Angleterre fin 1940: après avoir échoué dans leur tentative de ralliement de Dakar, elles remontent vers le Moyen-Orient en appuyant la colonne du général Leclerc, notamment dans la prise de Koufra.

 

 

L'odyssée du «Trébouliste»

 

Le lieutenant Pinot. Photo Fondation de la France Libre

 

 

Le lieutenant de réserve d'aviation Pinot, ancien combattant de 14-18, commandait l'école élémentaire de pilotage du Mans. Sous la contrainte des événements, l'école dut se replier à Morlaix. Face à l'avancée allemande, le lieutenant Pinot entraîna alors ses élèves vers le Finistère. Sans instruction, il décida d'éviter à tout prix la capture de ses hommes. Il prit donc contact avec un patron pêcheur de Douarnenez, François Lelguen, disposant d'un langoustier à voiles de 50 tonneaux, équipé d'un moteur auxiliaire de 60 CV, prêt à gagner l'Angleterre. L'aventure était risquée car un sous-marin allemand avait envoyé par le fond un autre langoustier de Douarnenez 15 jours auparavant. 115 élèves-pilotes décidèrent de suivre leur chef et embarquèrent le 18 juin 1940 à 23 h 15 à bord du «Trébouliste».

 

Le 20 juin, à midi, le bateau mouillait au large de Newlyn, avant de gagner Falmouth. Les hommes du «Trébouliste» seront parmi les premiers éléments des futures Forces aériennes françaises libres. 36 d'entre-eux tomberont au combat, dans les cieux d'Angleterre, de France, d'Allemagne, mais aussi sur le front russe.

 


 

Le premier FAFL tué au combat

 

Henri Bouquillard, né le 14 juin 1908 à Nevers (Nièvre). Source : Photo Fondation de la France Libre


 

Henri Bouquillard, né le 14 juin 1908 à Nevers (Nièvre). À la fin de ses études au lycée de Nevers, Henry Bouquillard devance l'appel et effectue son service militaire au 13S bataillon de chasseurs alpins, puis se rengage jusqu'en 1932 au titre du 35e régiment d'infanterie. Passionné par l'aviation, il obtient son transfert dans l'armée de l'air au titre de la réserve. Rappelé à l'activité le 2 septembre 1939, il est dirigé le 10 mai 1940 sur le bataillon de l'air 108 de Montpellier. Le 25 mai 1940, il rejoint comme moniteur l'École de pilotage de Marrakech. Dès les premières rumeurs de la signature d'un armistice, le sergent Henri Bouquillard, très affecté par la défaite de la France, alors qu'il ne s'est pas battu, décide de rallier la Grande-Bretagne. Il se rend à Casablanca pour y chercher un embarquement. Il réussit à embarquer clandestinement sur le cargo Oak Crest, affrété par le gouvernement britannique pour évacuer des troupes polonaises vers la Grande-Bretagne. Le 30 juillet, Henri Bouquillard rejoint la School ofArmy Coopération. Il sera le premier pilote des FAFL tué en combat aérien le 11 mars 1941.

 

 

Les années 1941-1942



Les nouveaux ralliements et la formation des personnels dans les écoles de la RAF permettent la création de nouvelles unités FAFL, sous les ordres du général Valin :

 

Le 1er et le 24 septembre 1941, sont créés le groupe de chasse «Alsace», le groupe de bombardement «Lorraine» et l'escadrille de liaison ELAM qui va assurer la liberté de transport aérien de la France Libre. Placée sous les ordres du colonel de Marmier, elle sera à la base de la renaissance d'Air France à la fin de la guerre.

L'«Alsace» et le «Lorraine» sont engagés contre les forces de l'Axe dans des conditions difficiles, avec du matériel souvent surclassé. L'«Alsace» perd plusieurs pilotes lors du soutien de Bir Hakeim.

 

Le 1er septembre 1941, est créé en Angleterre, le groupe de chasse «Île-de-France» avec une participation du personnel de l'Aéronavale. La deuxième mission de l'«île-de-France» voit la disparition du wing Commander Robinson, commandant le wing de son équipier Maurice Choron et de son commandant le lieutenant de Scitivaux qui est fait prisonnier et remplacé par le commandant Dupérier.

 

Le 1" janvier 1942, le groupe de bombardement «Bretagne» reste le groupe africain participant à la campagne d'Erythrée. Il est ensuite stationné à la frontière algérienne et intégré, en novembre 1942, dans une escadre de B-26 «Marauder» formée en Algérie.

 

Le 5 janvier 1942, le lieutenant-colonel Pijeaud, qui assurait les fonctions de chef d'état-major des FAFL où il a assuré un travail considérable, prend le commandement du « Lorraine ». À sa première mission, son avion en feu, il pense que son mitrailleur n'a pas sauté et il se pose dans le désert. Grièvement brûlé, fait prisonnier par les Italiens, il meurt quelques jours plus tard. L'année 1942 est celle de la fin des combats terrestres en Afrique Noire et au Moyen-Orient et de leur début en Europe. C'est aussi celle du débarquement allié en Afrique du Nord et de l'entrée en guerre des forces de Vichy, importantes en nombre.

 

 

Opération de Dieppe, 19 août 1942



On s'est longuement interrogé sur l'opportunité de l'opération de Dieppe, planifiée pour ne durer que quelques heures. Le groupe de chasse «Île-de-France» y participe avec 32 pilotes, qui font deux missions dans la journée, mais une vingtaine de pilotes servant dans des unités de la RAF y participent également. Cinq pilotes français sont abattus dont le commandant Fayolle, tué à la tête du 174 squadron qu'il commande.

 

Commandant Fayolle abattu lors du raid sur Dieppe. Source : Photo Fondation de la France Libre

 

Disparaissent également: le sergent Halna du Fretay qui s'était évadé de France avec son avion personnel le 15 novembre 1940, l'adjudant Lecointre du 236 squadron, le sergent-chef Vilboux du 611 squadron et le sergent Darbins du groupe de chasse «Alsace». Le lieutenant Scheidauer et l'adjudant Van Wymeersch, du 174 squadron, sont également abattus et faits prisonniers : le premier sera exécuté lors de la «Grande évasion», le 7 mars 1944, le second réussira à s'évader en rejoignant la Résistance italienne.

 

 

 

Création du groupe de chasse «Normandie»



En septembre 1942, pour des raisons sans doute plus politiques que militaires, le général de Gaulle décide la création et l'envoi en Russie d'un groupe de chasse, le «Normandie». Ce geste a encore une grande importance dans les relations France-Russie. Le commandant Pouliquen puis le commandant Tulasne prennent le commandement de ce nouveau groupe, qui commence son entraînement en Russie fin 1942.

 

Août 1942

Le groupe «Artois» est créé au Liban. Il part ensuite pour Bangui, d'où il effectue des missions de Coastal Command.

Novembre 1942 Les forces américaines débarquent en Afrique du Nord. Après une courte résistance, les forces françaises rejoignent les Alliés. La fin des combats en Afrique Noire et en Afrique du Nord amène le mouvement vers l'Angleterre des groupes «Alsace» et «Lorraine», où ils retrouvent l'«île-de-France».

 

1943

L'année 1943 est essentiellement marquée pour les unités aériennes par l'exécution de missions de préparation du débarquement en Normandie : attaque des infrastructures, voies ferrées, centrales électriques, protections de convois.



19 août 1943 Une des grandes figures des FAFL, René Mouchotte, qui avait rejoint la France Libre dès ses débuts, est abattu le 19 août 1943 à la tête du groupe de chasse «Alsace», alors qu'il venait de descendre le 1000e avion ennemi homologué au wing de Biggin HiII. Il était le premier Français à commander un squadron de la RAF.

 

Pierre Clostermann qui avec 33 victoires officielles sera l'as des as français de la dernière guerre. Source : Photo Fondation de la France Libre

 

Lorsqu'il disparaît, René Mouchotte a comme ailier Pierre Clostermann, qui se révélera comme un chasseur exceptionnel. Multipliant les missions de chasse pure ou d'attaque, Pierre Clostermann se verra confier le commandement d'un squadron puis d'un wing équipé d'avions Tempest, le chasseur de pointe de la RAF. Il terminera la guerre avec 33 victoires.
 

3 octobre 1943

Le «Lorraine» attaque et détruit l'importante centrale électrique de Chevilly-Larue. Deux avions sont abattus, l'un d'entre eux s'écrasant dans la Seine pour éviter des pertes parmi la population et dont tout l'équipage trouve la mort, tandis que le second avion s'écrase en forêt de Chantilly.

 

Février 1944

En raison des pertes extrêmement élevées, le groupe «Normandie», dont le nombre de victoires dépasse la centaine, est transformé en régiment «Normandie-Niémen» et ne peut continuer le combat qu'avec des renforts permanents de pilotes venant des unités d'Afrique du Nord. Le commandant Pouyade et le commandant Delfino commandent l'unité après le commandant Tulasne. Le «Normandie-Niémen», dont quatre pilotes furent élevés à la dignité de «Héros de l'Union soviétique», terminera la guerre avec 273 victoires et la perte de 42 pilotes sur 96.



6 juin 1944 : Le débarquement de normandie

Toutes les unités participent à cette opération mais si les groupes de criasse sont relativement épargnés, le «Lorraine» subit de lourdes pertes. Effectuant le «Jour J » une mission de dépôt d'un écran de fumée et ensuite des missions d'« intruder » de nuit, à basse altitude, il perd six équipages dont quatre dans la nuit du 4 août 1944, sur les arrières du front au sud de Caen.

Parmi les membres d'équipage tués, Louis Ricardou, mitrailleur qui a perdu une jambe comme légionnaire à Bir Hakeim, mais qui avait tenu à continuer le combat.

 

Yves Ezanno Le commandant Ezanno, qui avait déjà effectué un grand nombre de missions avec les groupes «Alsace» et «Lorraine», prend le commandement du 198 squadron, équipé de Typhoon.

 

Le 3 août 1944

Le capitaine Jean Maridor, après dix-huit mois d'opérations et malgré de nombreuses blessures, était devenu le spécialiste de la chasse aux «bombes volantes» V1. Le 3 août, pour éviter que l'un de ces engins ne tombe sur un hôpital, il tire sur lui à bout portant et son avion explose avec lui. Le « Lorraine », que commande le lieutenant-colonel Fourquet (qui deviendra plus tard chef d'état-major des armées), participe à l'anéantissement de l'armée Von Kluge sur les quais de la Seine à Rouen, au cours d'une mission de jour et d'une mission de nuit, à très basse altitude.

 

26 août 1944

Le commandant Jacques Schloesing, commandant le groupe de chasse «Alsace», est abattu à la tête de la formation qu'il commande. Le 13 février 1943, il avait été abattu alors qu'il commandait une escadrille du groupe de chasse «Île-de-France» : grièvement brûlé, il avait réussi à échapper aux Allemands, avait été soigné à Paris puis à Londres, qu'il avait rejoint avant de reprendre le combat à sa demande.

 

15 janvier 1945

Le commandant Max Guedj est abattu en Norvège à la tête d'une formation de Mosquito du wing de Banff. Il fut une des grandes figures des FAFL Avocat au Maroc, Israélite, il avait rejoint les FAFL le 1er octobre 1940. Affecté au Coastal Command à sa sortie d'école, puis au 248 squadron avec lequel il avait effectué plus de 200 missions, il était Compagnon de la Libération et titulaire de la DFC and Bar et du DSO.

 

Mai 1945

Accomplissant leur mission jusqu'au dernier jour de la guerre, les unités FAFL connaissent l'armistice en Allemagne pour l'«Alsace», l'«île-de-France» et le «Bretagne», en Hollande pour le «Lorraine». Le maréchal Staline fait cadeau de leur Yak aux pilotes du régiment «Normandie-Niémen» qui se posent en France, au Bourget.

 

 

Le bilan des FAFL



121 Compagnons de la Libération

5 Unités faites Compagnons de la Libération (2e FFF-début 1941 - «Alsace», «Île-de-France», «Lorraine» et «Normandie-Niémen»)

60 % du personnel navigant disparu

353 avions ennemis abattus

30 000 missions effectuées

 

 

site internet externe : France Libre

Source : Fondation de la France Libre