Débarquer avant le D-Day

Les opérations de Libération de la France ne débutent pas avec le débarquement du 6 juin 1944. Il aura en effet fallu plusieurs étapes pour préparer et mettre en œuvre les deux débarquements alliés de Normandie et de Provence, en juin et août 1944.

Au début de l’année 1942, les forces de l’Axe paraissent en mesure de l'emporter sur tous les fronts. À l’Est, l'Armée rouge souffre et les Soviétiques réclament à cor et à cri l'ouverture d'un "second front" par les Alliés à l'Ouest. Si aucun débarquement ne peut y être envisagé avant 1943, les Anglo-saxons lancent toutefois des opérations-commandos sur les côtes françaises, à Saint-Nazaire et surtout à Dieppe, port de Haute-Normandie qui paraît pouvoir être occupé temporairement : l’opération « Jubilee », initialement prévue au 4 juillet, est repoussée au 19 août 1942. 4 965 Canadiens, 1 000 Britanniques, une cinquantaine de rangers américains et quelques hommes de la France combattante composent alors les forces de ce commando. Une fois débarqués à Dieppe, mais aussi à Puys et à Pourville, les hommes sont immédiatement pris sous les tirs ennemis. L’opération est un total échec et les pertes sont terribles : 128 hommes sur 650 sont tués et 250 sont faits prisonniers à Puys ; près de la moitié des 1 000 hommes débarqués tombent à Pourville. À tous égards, le raid de Dieppe est un désastre, coûteux en vies humaines et inutile du point de vue stratégique.

 

En revanche, le débarquement de 1942 en Afrique du Nord est un succès et modifie le rapport des forces. Initialement prévue pour octobre, l’opération « Torch » débute par un débarquement en Algérie et au Maroc le 8 novembre 1942. 107 000 hommes sont placés sous le commandement du général Eisenhower. Ils constituent désormais une menace pour les Allemands. La reconquête de la Tunisie est la première étape d'un cycle de libérations successives.

 

La réaction des forces de l’Axe ne se fait pas attendre : en France, le 11 novembre 1942, les Allemands envahissent la zone Sud, laissant aux Italiens le soin d'occuper le Sud-Est de la métropole et la Corse. A partir de juin 1943, où les 80 000 Italiens stationnés en Corse sont rejoints par 14 000 Allemands de la brigade SS Reichsführer. Les premiers Mouvements de résistance se constituent alors dans l'île autour d'agents de la France libre, en particulier Fred Scamaroni. Mais celui-ci, arrêté et torturé par l'OVRA (police politique italienne), se donne la mort dans sa prison le 19 mars 1943 à Ajaccio. Le Front National d'obédience communiste se développe ensuite. Le général Giraud, qui copréside, avec le général de Gaulle, le Comité français de la Libération nationale (CFLN) prépare un débarquement : le sous-marin Casabianca débarque en Corse agents, armes et munitions. L’insurrection populaire éclate le 9 septembre 1943, au lendemain de la signature de l’armistice entre les responsables italiens opposés à Mussolini et les Anglo-saxons. L’île est totalement libérée le 4 octobre par l’action conjointe des maquisards corses, des Italiens non fascistes ralliés, des hommes du 1er Bataillon de choc de l'armée d'Afrique et des goumiers marocains envoyés depuis Alger par le général Giraud. La Corse devient alors une base stratégique méditerranéenne de premier plan.

 

 

 

 

 

  • Sentinelle allemande en faction, Dieppe, après le débarquement des Canadiens en août 1942. Copyright ECPAD - Photographe inconnu (DAA 2815-L28)

  • Dieppe, août 1942, tentative de débarquement des Canadiens. Copyright ECPAD - Photographe inconnu (DAT 2126 L44)

  • Débarquement. Les Français s'entraînent à Arzew en Algérie, 1944. Copyright ECPAD - Photographe inconnu (TERRE 123-2606)

  • Arzew, en Algérie, débarquement des Français, 1944. Copyright ECPAD - Photographe inconnu (TERRE 123-2609)

  • Visite du général Rommel au Mur de l'Atlantique (1943-1944) qui doit empêcher le débarquement allié en France. Copyright Archives allemandes

  • Fortification du Mur de l'Atlantique, France, été 1943. Copyright Archives allemandes