Ils ne passèrent pas - Poème sur Verdun

A tous mes camarades qui firent Verdun « Ils ne passeront pas ! »

 

Cet appel historique Fut l'immortel flambeau d'un bataille épique. Verdun, nom glorieux, résonne dans nos coeurs. De cet horrible enfer nous sortîmes vainqueurs. Ce fut une très longue et très dure bataille Où déferlait un vrai déluge de mitraille. Nous pensions : « Vivrons-nous encor ce soir ? Demain ? » Hurlant dans la tourmente et n'ayant rien d'humain. Dans la glaciale nuit où la gorge s'enroue, Sous-officiers, soldats, accrochés dans la boue Rouge du sang des morts et du sang des blessés, Nous luttions sans répit quoique étant harassés. Les obus éclataient au-dessus de nos têtes, Et tapis dans les trous comme des pauvres bêtes, Nous n'en sortions que pour affronter les combats Terrifiants et dans un monstrueux fracas. Le vent, le froid, la pluie et le givre et la neige, L'horreur et la folie, ô infernal cortège ! La Meuse était pour nous les rives de la Mort. Que de héros tombaient sans plaintes, sans remords Et sans haine, les yeux révulsés d'épouvanté, Dans cette étourdissante et sauvage tourmente, Sans pouvoir adresser une prière à Dieu, Sans un baiser d'amour, sans un seul mot d'adieu D'une soeur, d'une mère ou d'une fiancée, Sans pouvoir confier leur dernière pensée. Sans peur et sans reproche ils mouraient en soldats. D'ailleurs, mourir n'est rien puisque l'on vit pour ça. Le soleil se couvrait de grands crêpes funèbres Et sans lune la nuit répandait ses ténèbres

 

On tuait ! On tuait le jour comme la nuit Dans ce long ouragan de feu, de fer, de bruit. La Mort comme un soufflet venait frôler nos joues. Amante du carnage, ô guerre, qui te loue ? Décor d'apocalypse ! O charniers ! O tombeaux ! C'est sur vous que s'ouvraient les ailes des corbeaux. Vaux, Douaumont, le Mort-Homme, le Bois des Caures, D'autres.. Tous ces noms sont restés pour nous sonores. C'est sur leur sol sacré, leur sol ensanglanté, Que les mourants entraient dans l'immortalité. Ainsi, couverts de boue et remplis de vermine, Stoïques, les poilus luttèrent sur ces ruines Et tinrent jusqu'au bout au mépris du trépas. Verdun ! Verdun ! Verdun ! « Ils ne passèrent pas ! » Nous autres, nous saurons et notre vie entière Etre les purs gardiens de ce grand cimetière. Nous autres, rescapés, sursitaires heureux, Recueillons-nous. Pensons à tous ces malheureux Tombés à nos côtés, parfois méconnaissables, Et n'oublions jamais ces luttes mémorables.

 

 

Source : François AIRAULT - Combattant de la Guerre de 1914 et Combattant volontaire de la Guerre de 40