La bataille de Saint-Privat

La guerre franco-allemande 1870-1871

 

En juillet1870, la couronne du trône d’Espagne est offerte à un prince prussien, Léopold de Hohenzollern. La France redoute la résurrection de l’empire de Charles-Quint. Après un mois d’intense diplomatie, le chancelier Bismarck rédige la dépêche d'Ems qui offense le gouvernement français. Celui-ci déclare la guerre à la Prusse le 19 juillet. Les armées entrent aussitôt en campagne. L'armée française, dans une improvisation totale, subit défaite sur défaite : le 6 août à Forbach et à Frœschwiller, du 14 au 18 août dans la région de Metz, le 1er septembre à Sedan. En un mois, l'armée impériale est détruite, l'empereur Napoléon III fait prisonnier.

 

Les sœurs de la Miséricorde secourant les blessés de la bataille de Gravelotte. Source : Library of Congress

 

Le 4 septembre, à Paris, la République est proclamée. Le territoire national est partout envahi, Paris assiégé. Le maréchal Bazaine capitule à Metz le 27 octobre. Il livre 173 000 hommes, 3 maréchaux, 50 généraux, 53 drapeaux et 1 400 canons. Gambetta quitte Paris en ballon. Il organise en province la défense nationale. Verdun, Belfort, Strasbourg sont assiégés. On livre des batailles dans le Nord, en Beauce, dans la Loire, en Bourgogne et dans le Jura. Le 18 janvier 1871, à Versailles, Guillaume 1er est proclamé empereur d'Allemagne. Le 28 janvier, 1a France signe l'armistice et, le 10 mai, le Traité de paix. La France perd l'Alsace et la Lorraine. Elle paye 5 milliards de francs-Or. Ce n'est qu'en août et septembre 1873 que les quatre départements de l'Est encore occupés sont évacués et Verdun rendu à la France.

 

François Achille Bazaine (1811 - 1888), André Disdéri. Source : Bibliothèque nationale de France

 

La bataille du 18 août 1870

 

Rassemblée sous Metz, 1'armée du Rhin du maréchal Bazaine s'apprête à rejoindre celle du maréchal de Mac-Mahon pour s'opposer à l'invasion du nord-est de la France. C'est alors que les armées prussiennes contrecarrent cette manœuvre en livrant plusieurs batailles successives pour fermer la route de Verdun. Aux portes de Metz, les Français sont battus le 14 août à Borny puis le 16 à Rezonville.

 

Le 18 août 1870, 1'armée du maréchal Bazaine et celle du prince Frédéric-Charles de Prusse se heurtent à Gravelotte en une sanglante mêlée. 125 000 Français rencontrent 285 000 Allemands. Au sommet de sa colline, Saint-Privat, défendu par le 6e corps du maréchal Canrobert, est l'enjeu de la bataille.

 

En fin d'après-midi, pour enfoncer l'aile droite française, le prince Auguste de Wurtemberg, commandant la Garde prussienne, ordonne de s'emparer du village.

 

À 17 heures, la Garde royale prussienne attaque, drapeaux déployés, tambours battants, officiers en tête. Les Français ouvrent le feu et, en une demi-heure, sur le glacis de Saint-Privat, 1a Garde perd 240 officiers et 6 500 hommes.

 

Vers 19 heures, les fantassins du 12e corps de Saxe tentent une vaine attaque que repoussent les 75e et 91e régiments d'infanterie de ligne.

 

L'attaque finale est donnée le soir. L'artillerie écrase le village. L'incendie fait rage. La Garde prussienne et les Saxons se ruent à l'assaut. Les survivants du 28e régiment d'infanterie de ligne leur disputent le cimetière et chaque maison pied à pied. Le général saxon von Craushaar est tué. Les défenseurs succombent sous le nombre.

 

Lorsque la bataille prend fin, environ 12 000 Français et 20 000 Allemands, tués ou blessés, gisent sur le terrain des combats.

 

Bataille de Saint-Privat (18 août 1870),  Alphonse de Neuville (1881). (esquisse préalable au tableau définitif)

 

Le champ de bataille

 

Le lendemain des combats, le 19 août, le roi Guillaume 1er de Prusse parcourt à cheval le champ de bataille encore couvert des morts et des blessés de la veille. Déjà, des corvées creusent de larges fosses où sont ensevelis les morts. Suivant la coutume de l'époque, pour éviter des épidémies, les corps des militaires tués sont rapidement rassemblés en plusieurs ossuaires. Par commodité, les corps ne sont même pas déséquipés. Lors des travaux d'exhumation, de nombreuses pièces d'équipement – boutons, boucles de ceinturons, cuirs – ont été retrouvées sur le glacis de Saint-Privat.

 

Impressionné, le roi de Prusse nomme avec émotion cet endroit "le tombeau de sa Garde". Plus tard, la paix revenue, il émet le désir de conserver dans l'empire allemand les deux communes de Saint-Privat et de Sainte-Marie-aux-Chênes que le Traité de Francfort, signé le 10 mai 1871, a laissées à la France. Leur rétrocession est liée à une rectification de frontière dans la région de Belfort.

 

Des monuments commémoratifs sont érigés tant par les Français que par les Allemands entre 1871 et 1900. Dès lors, les morts sont honorés régulièrement à chaque anniversaire de la bataille.

MINARM/SGA/DPMA