La capitulation allemande : réflexions des protagonistes

 

 

Charles de GAULLE (1890-1970)

 

"La guerre est gagnée ! Voici la Victoire ! C'est la victoire des nations unies et c'est la victoire de la France ! ... " J'en fais l'annonce, par la radio, le 8 mai à 3 heures de l'après-midi. A Londres Winston Churchill, à Washington Harry Truman, parlent en même temps que moi. La mission qui me fut inspirée par la détresse de la patrie se trouve, maintenant, accomplie.[...] Par une incroyable fortune, il m'a été donné de conduire la France jusqu'au terme d'un combat où elle risquait tout. La voici vivante, respectée, recouvrant ses terres et son rang, appelée, aux côtés des plus grands, à régler le sort du monde. De quelle lumière se dore le jour qui va finir ! Mais, comme ils sont obscurs les lendemains de la France ! Et voici que, déjà, tout s'abaisse et se relâche. Cette flamme d'ambition nationale, ranimée sous la cendre au souffle de la tempête, comment la maintenir ardente quand le vent sera tombé ? "

 

Charles de GAULLE, Mémoires de guerre, Tome III, Paris, Plon, 1959, pp. 177-178.

 

 

Karl DOENITZ (1881-1980)

 

" Depuis minuit, les armes se sont tues sur tous les fronts... Sur l'ordre du grand-amiral, la Wehrmacht a cessé un combat devenu inutile. Ainsi se termine une lutte titanesque de près de six ans ... Fidèle à son serment, le soldat allemand a accompli, pour son pays, des exploits impérissables. Le peuple l'a soutenu jusqu'au bout, de toutes ses forces et au prix des plus lourds sacrifices. L'Histoire rendra hommage à cette union, jusqu'ici sans précédent, du front et de l'arrière [...] Aussi peut-il, en déposant les armes, conserver une légitime fierté en cette heure, la plus grave de notre histoire, avant de se remettre à travailler, avec courage et confiance, pour que l'Allemagne vive éternellement. Aujourd'hui encore, je juge ces paroles justes. "

 

Karl DOENITZ, 10 ans et 20 jours, Paris, Plon, 1945, pp. 371-372.

 



Winston CHURCHILL (1874-1965) "

 

La capitulation sans condition de nos ennemis provoqua la plus grande manifestation de joie qu'ait enregistrée l'histoire de l'humanité. La Seconde Guerre mondiale avait vraiment été disputée jusqu'à la dernière et cruelle extrémité en Europe. Les vaincus, aussi bien que les vainqueurs, éprouvèrent un soulagement inexprimable. Mais pour nous, Grande-Bretagne et Empire britannique, qui étions les seuls à avoir vécu toute la lutte depuis le premier jour jusqu'au dernier, en y jouant notre existence même, la fin des hostilités prenait une signification beaucoup plus profonde que pour nos très puissants et très vaillants alliés. Las, épuisés, appauvris, mais toujours sans peur et désormais triomphants, nous connûmes un moment qui touchait au sublime. "

 

Winston CHURCHILL, Mémoires sur la 2e guerre mondiale. Triomphe et tragédie, Tome IV, Paris, Plon, 1953, p. 205.

 

 

Dwight D. EISENHOWER (1880-1969)

" Comme beaucoup d'hommes et de femmes qui avaient pris à cette guerre une part aussi physique qu'émotive, je me sentis beaucoup plus épuisé que triomphant à l'annonce de la victoire de l'Europe. Au moment où j'écris ces lignes, vingt ans plus tard, ce sont les jours qui suivirent immédiatement l'armistice de Reims qui sont les plus flous dans ma mémoire et bien moins nets que n'importe quelle période de la Deuxième Guerre mondiale. Je me sentais délivré de mes responsabilités, je n'avais plus, enfin, à décider de la vie et de la mort des autres."

 

Dwight D. EISENHOWER, Celui que je fus. Souvenirs de guerre et de paix, Paris, Tallandier, 1969, p. 329.

 

 

Georgi Konstantinovitch JOUKOV (1896-1974)

 

" Le 9 mai à 0 h 50 prit fin la séance où fut reçue une reddition sans condition de l'Allemagne. Cette séance fut suivie d'une réception très animée (...). Je me souviens que l'on parla beaucoup et avec une grande sincérité du désir qui nous animait de maintenir indestructibles les liens d'amitié entre les pays de la coalition antifasciste. En parlèrent, et les généraux soviétiques et les Américains et les Français et les Anglais, et chacun voulait croire qu'il en serait ainsi [...] Ainsi, la guerre qui avait fait couler tant de sang était terminée. L'Allemagne fasciste et ses alliés étaient définitivement écrasés. Pour le peuple soviétique, la route de la victoire avait été dure. Et maintenant encore tous les hommes honnêtes du monde, pensant aux jours terribles de la Deuxième Guerre mondiale, doivent se souvenir avec un respect d'une compassion profonde de ceux qui luttèrent contre le fascisme et donnèrent leur vie pour libérer l'humanité tout entière de l'esclavage fasciste. "

 

Georgi Konstantinovitch JOUKOV, Mémoires. De Stalingrad à Berlin, 1942-1946, Paris, Fayard, 1970, pp. 392-393.

 

Source : Mindef/SGA/DMPA