Libye-Égypte 1941-1943

Le Fezzan

 

Durant l'hiver 1940, la Libye devient une cible aux yeux des Alliés : pour les Britanniques, qui ont contenu, à l'est, les attaques italiennes, et pour les Français Libres qui ont rallié, au sud, le Tchad. Le 2 décembre 1940, à Fort-Lamy, le colonel Leclerc prend le commandement des troupes d'Afrique Équatoriale Française. Son but est d'attaquer les Italiens dans le Fezzan où leurs compagnies sont solidement implantées.

 

Fort-Lamy, décembre 1940, Leclerc prend le commandement des troupes du Tchad. © ECPAD

 

Parallèlement, les Britanniques, qui ont lancé l'offensive en direction de la Tripolitaine, veulent mener des raids dans le désert libyen. Le 11 janvier 1941, un élément du Long Range Desert Group (LRDG) et une troupe motorisée française conduite par le lieutenant-colonel d'Ornano, attaquent le fort de Mourzouk et son terrain d'aviation. Les objectifs sont atteints mais l'officier français est tué dans l'engagement. Un autre raid, mené contre Tedjéré par le Groupe Nomade du Tibesti (GNT), échoue. Leclerc décide alors de mener un raid contre l'oasis de Koufra, devenue depuis 1931 un poste avancé italien aux confins de l'Égypte.

 

Le canon français de 75 de montagne Schneider. © Musée-Mémorial Leclerc et de la Libération de Paris/Musée Jean Moulin

 

Le 31 janvier, il part de Tumma avec un peu plus de 300 hommes dont 200 indigènes, un canon de 75, 60 camions. 600 km le séparent de Koufra défendue par 1 200 hommes. Le 1er février, au puits de Sarra, il discute avec ses officiers - de Guillebon, Dio, Hous… - pour décider d'une reconnaissance. Le 6 février au soir, la palmeraie est atteinte. Trois patrouilles à pied sont lancées de nuit ; Leclerc y participe. Elles font un prisonnier, attaquent le terrain d'aviation et incendient deux appareils avant de se retirer. Le 10, Leclerc rejoint à Faya le gros de ses troupes. Le 17, la colonne au complet fonce vers Koufra qu'elle aborde par le nord. Les Français se heurtent aux Italiens de la Compania Sahariana qui décrochent bientôt.

 

Appuyée par des avions, celle-ci contre-attaque le lendemain, mais les manœuvres de Leclerc l'obligent à se débander. Le 19, ce dernier attaque alors le fort d'El Tadj, qui protège le village, avec son canon de 75 et ses mortiers de 81. Dans le fort encerclé et bombardé, les assiégés perdent espoir. Le 1er mars, Leclerc emporte la décision et la garnison se rend : 59 Italiens, 273 soldats libyens, ainsi qu'un important matériel (14 véhicules, 53 mitrailleuses…), sont pris.

 

Prisonniers italiens sur les pistes entre Koufra et Faya-Largeau.

© Musée-Mémorial Leclerc et de la Libération de Paris/Musée Jean Moulin

 

Le 2 mars, à 8 h 00, le drapeau tricolore à la flamme à croix de Lorraine est hissé sur le fort. Leclerc prononce alors son serment fameux : celui de ne s'arrêter que lorsque le drapeau français flottera aussi sur Metz et Strasbourg. Les Français rentrent au Tchad pour se renforcer et se réarmer, laissant Koufra à la garde du groupe nomade de l'Ennedi dans l'attente des Anglais du LRDG venus d'Égypte. Les hommes de Leclerc sont prêts à nouveau lors de l'hiver 1941. Avec l'accord du général de Gaulle, qui l'a promu général de brigade, et des chefs britanniques au Caire, Leclerc repart en campagne à partir de Zouar, contre le Fezzan italien. Le 17 février 1942, il lance cinq groupes motorisés (de Guillebon, Massu, Geoffroy, Dio, Houe) en raid sur des objectifs précis. Le 28 février, le poste de Gatroun est pris ainsi que son terrain d'aviation ; de Guillebon s'empare, le 1er mars, du poste de Tmessa ; le 2 mars, Leclerc et Dio enlèvent le fort de Tedjéré. Mais à Oum el Araneb, Massu est repoussé et le capitaine Bergère tué ; le 3 mars, le raid de Geoffroy échoue à Oum el Kebir. La petite aviation des Français Libres bombarde Mourzouk. Subissant les attaques de l'aviation ennemie, les Français se replient et se regroupent à Zouar le 14 mars.

 

Leclerc est nommé commandant supérieur des troupes de l'Afrique française libre, à Brazzaville. Il entreprend de renforcer son outil de combat : unités, armement, transports, dépôts ; une aviation de 17 appareils est constituée. En novembre 1942, la conférence franco-britannique de Fort-Lamy convient que les Français devront rejoindre la 8e armée lors de sa prochaine offensive.

 

Le 17 décembre, depuis le Tibesti, les colonnes du général Leclerc s'ébranlent. Après des centaines de kilomètres, les combats éclatent contre la Sahariana soutenue par son aviation. Le 4 janvier 1943, l'ennemi est battu à Oum el Araneb. Le 6, Gatroun est pris. L'ennemi est partout en retraite dans le Fezzan, menacé au sud par Leclerc, au nord par la 8e armée de Montgomery. Les Français Libres s'emparent de Sebha, Mourzouk, Brack. Le Fezzan est conquis. Leclerc monte vers la Tripolitaine, prenant Mizda le 22 janvier. Le lendemain, un élément français entre en contact avec les Anglais. Le 24, le lieutenant-colonel Dio entre à Tripoli, quelques heures après les Britanniques. La jonction est réalisée, la Méditerranée atteinte. Dans l'après-midi, Leclerc arrive en avion à Castel-Benito. Le 26, à Tripoli, il rencontre Montgomery qui, avec l'accord du commandant en chef, Alexander, va l'employer avec ses hommes dans la campagne de Tunisie qui se déclenche. À cette fin, Leclerc crée alors, avec le colonel Ingold, sa Force L. La campagne victorieuse des Français Libres en Libye a beaucoup contribué à renforcer la cause du général de Gaulle auprès des Alliés.

 

Bir Hakeim et El Alamein

 

En mars 1941, le général Catroux est délégué du général de Gaulle au Moyen-Orient, au Caire. La décision est prise de former une Force Française Libre à Quastina, en Palestine. Les généraux Legentilhomme et Koenig rassemblent des unités éparses pour la créer, que de Gaulle passe en revue au mois de mai. Elle est composée de deux brigades, comprenant notamment le 1er bataillon d'infanterie de marine, qui a déjà combattu en Cyrénaïque aux côtés des Anglais à Sollum, Bardia, Tobrouk, et de nombreux coloniaux.

 

Le bataillon de marche de l'Oubangui-Chari en Syrie (mai-décembre 1941), bivouac du bataillon de marche n° 2

au camp de Quastina, mai 1941. © ECPAD/Général Henri Amiel

 

Par ordre du généralissime anglais Auchinleck, la 1re brigade du général Koenig fait mouvement, le 1er janvier 1942, de Guizeh à Halfaya, en face de l'Afrika Korps. Elle capture environ 5 000 ennemis démoralisés qui se rendent sans combattre, puis va relever une brigade britannique, en s'installant à Bir Hakeim le 14 février. À cette époque, l'Afrika Korps de Rommel, qui a brisé en juin 1941 l'offensive de la 8e armée britannique, la repoussant même un temps à la frontière égyptienne avant de refluer, s'est avancé jusqu'à Gazala. Auchinleck a dû mettre en place une ligne défensive dont Bir Hakeim forme la pointe sud. À 80 km de la mer, dans un désert plat, de sable et de cailloux, les Français se sont installés, passant des semaines à renforcer, sur 16 km2, une défense constituée de trous, de tranchées, de vastes champs de mines, où sont embusqués 26 canons de 75 mm, 62 pièces antichars et anti-aériennes, de nombreux mortiers, et mitrailleuses. La troupe, aux ordres du général Koenig, est forte de 4 000 hommes : 1er BIM, 1er régiment d'artillerie, 1er fusiliers marins (DCA), bataillon du Pacifique, bataillon de l'Oubangui, 13e DBLE (la Légion), soit 6 bataillons. Les défenseurs lancent aux alentours de nombreuses patrouilles motorisées appelées "Jock Columns".

 

En avril 1942, ces forces, ainsi que la 2e brigade de Français Libres, sont intégrées, sous le nom de French Forces in the Western Desert (FFWD), aux ordres du général de Larminat, à la 8e armée britannique commandée par le général Ritchie.

 

Attentifs à l'horizon d'où surgira l'ennemi, les Français attendent, subissant de terribles vents de sable. Le 26 mai, Rommel lance l'offensive. La division italienne Ariete disperse la 3e brigade indienne au nord de Bir Hakeim, mais les Français repoussent ses attaques en détruisant de nombreux véhicules ; le terrain est parsemé de carcasses en feu.

 

La 1re BFL en première ligne. © Collection du musée de l'Ordre de la Libération-DR

 

L'ennemi remonte vers le nord en enveloppant le point d'appui de Bir Hakeim, refoulant la 8e armée. Immobilisé durant deux jours, faute d'essence, l'Afrika Korps, qui a pris El Oualeb et fait 3 000 prisonniers anglais, reprend sa marche le 2 juin. Le centre du champ de bataille britannique, "Knight bridge", devient l'enjeu de combats acharnés où Rommel manœuvre pour couper la Via Balba et encercler les Anglais. Afin de gagner du temps pour permettre l'arrivée de renforts, le général Ritchie ordonne au général Koenig de fixer l'ennemi en tenant Bir Hakeim jusqu'au 7 juin. Le 2 juin, 1 000 véhicules ennemis arrivent au nord-est. Une demande de reddition, apportée par deux officiers italiens, est repoussée par Koenig. Dès lors, Rommel s'acharne sur Bir Hakeim où la résistance est sans faille, encaissant bombardements par l'artillerie et par avions, attaques de chars et de fantassins. Les sapeurs du génie allemands dominent, ouvrent des brèches où s'engouffrent les chars.

 

Le général Kœnig avec ses officiers supérieurs à Bir Hakeim. © Service historique de la défense

 

Ce jour-là, à Londres, à la Chambre des Communes, le Premier Ministre, Winston Churchill, évoque la bataille, reprenant les mots du général Auchinleck "les Français Libres sont splendides" que les députés applaudissent longuement. Le général Ritchie, lui, a télégraphié en français à Koenig : "Vives félicitations, magnifique travail à Bir Hakeim". En Angleterre, les journalistes magnifient le courage des Français et la BBC ne tarit pas d'éloges. Le 3, Rommel, par messagers, somme la garnison de capituler : Koenig répond à coups de canons. Bombardements aériens et attaques terrestres reprennent, encore plus violents. Le 8, l'ennemi atteint en certains points l'intérieur du périmètre. La résistance des défenseurs n'est pas brisée mais ils souffrent du manque d'eau malgré un ravitaillement par quelques camions-citernes  dans la nuit du 7 au 8. Par télégramme, de Gaulle déclare : "Général Koenig, sachez et dites à vos troupes que toute la France vous regarde et que vous êtes son orgueil". Le 10 juin, la position subit de terribles attaques de bombardiers en piqué protégés par des chasseurs qu'attaquent la RAF et la DCA des fusiliers-marins. Le général Ritchie donne l'ordre d'évacuer la position et de se replier vers la 7e brigade motorisée anglaise qui s'avance à 10 km. À la nuit, la garnison, 2e bataillon de légionnaires en tête, fonce pour s'échapper en livrant un vif combat qui brise l'encerclement ennemi.

 

Le siège de Bir Hakeim a coûté 800 hommes à la 1re brigade, dont le lieutenant-colonel Broche, les commandants Savey, de Roux, Bricogne.

 

Churchill félicite chaleureusement de Gaulle qui, le 16 juin, prononce dans un discours au micro de la BBC : "La Nation a tressailli de fierté en apprenant ce qu'ont fait ses soldats à Bir Hakeim. Braves et purs enfants de France qui viennent d'écrire, avec leur sang, une des plus belles pages de notre gloire !".

 

La résistance française a permis à la 8e armée britannique de se retirer en bon ordre. Mais l'Afrika Korps avance toujours, prend Tobrouk le 20 juin et pénètre en Égypte.

 

Le 31 août, une attaque de Rommel, qui n'a plus la suprématie aérienne, pour prendre le Caire et Suez échoue sur les champs de mines. L'Afrika Korps doit stopper son offensive. Jusqu'en octobre, l'armée britannique va se renforcer.

 

Progression de colonnes blindées et de camions de ravitaillement allemands et italiens, 30 août-23 octobre 1942. © ECPAD

 

Lancée par le général Alexander, la bataille d'El Alamein débute le 23 octobre 1942 lorsque la 8e armée du général Montgomery s'élance à l'assaut. Dans cette gigantesque bataille qui va durer 20 jours, la 1re BFL est chargée d'attaquer le plateau rocheux d'EI Himeinat. Le 24, la 13e DBLE se bat pour sa possession, appuyée par des chars des spahis. Le lieutenant-colonel Amilakvari est tué par un obus. Cette attaque oblige l'ennemi à envoyer des renforts, découvrant ainsi son front nord. Pendant ce temps, la 2e BFL (Brigade Française Libre) se bat à 10 km au nord de l'Himeinat. Le 4 novembre, Rommel ordonne la retraite, laissant 30 000 prisonniers à la 8e armée. Les 1re et 2e BFL passent en réserves sauf le BIMP et le 1er RMSM qui avancent vers la Tunisie : ils rencontreront à Tripoli les Français Libres du Tchad de Leclerc pour continuer l'offensive.

 

Blindés Panzer III lors de la seconde bataille d'El Alamein, 25 octobre-4 novembre 1942. © ECPAD

 

Le 1er février 1943, la 1re DFL est formée avec tous les éléments des FFWD par le général de Larminat. La Force L devient la 2e DFL puis la 2e DB.

Ministère de la défense/SGA/DPMA