Gérard Métral

Il est le fils d’Alphonse Métral, l’un des fondateurs de l’association des Rescapés des Glières. Après des études en arts plastiques à Paris, il est l’assistant du sculpteur Émile Gilioli, auteur du Monument national à la Résistance des Glières et il préside aujourd’hui l’association des Glières.

Gérard Métral
Gérard Métral - © DR

Pouvez-vous nous présenter votre père Alphonse Métral ?

 

Né en 1921 dans une famille modeste, mon père entre dans le monde du travail à 16 ans comme ouvrier tourneur-ajusteur. Dès la fin des années trente, il s’engage dans la JOC (Jeunesse ouvrière chrétienne). Il y exerce des responsabilités dans le département d’abord, puis dans les deux Savoie, enfin jusqu’à l’Isère, la Drôme et les Hautes-Alpes.

 

Début 1943, il décide de se soustraire au STO et crée un camp pour les "réfractaires" qui, comme lui, refusent de travailler pour l’Allemagne. Là, des liens exceptionnels s’établissent entre le maquis et une population pauvre mais généreuse pour qui la fraternité n’est pas un vain mot. La vie de ce maquis, en osmose parfaite avec les habitants, constituera le ferment de ce que l’on appelle "l’Esprit des Glières". Le 31 janvier 1944, le maquis de Manigod sera le premier à répondre à l’appel de Tom Morel (dont mon père deviendra au poste de commandement son adjoint) pour rejoindre le plateau des Glières.

 

Comment vous a-t-il transmis son histoire et la mémoire de la Résistance ?

 

L’histoire des Glières est restée longtemps l’affaire des seuls rescapés (malgré la parution dès 1946 d’un livre témoignant de leur combat pour la Liberté). Ce n’est donc que plus tard que mon père a ressenti le besoin, non seulement en famille mais aussi à travers l’association dont il était alors le président, de cette transmission, pensant que, les années passant, il fallait assurer la pérennité de cette mémoire.

 

Le musée puis la construction du Monument national à la Résistance, sur le plateau des Glières, sont les moments importants de cette parole qui se délie. J’ai tout naturellement participé à cette ouverture et je pense, rétrospectivement, que son souhait, sans jamais l’exprimer ouvertement, était que je puisse perpétuer "l’Esprit des Glières". La construction du Monument fut, du fait de ma profession, le début de mon engagement.

 

Quelles ont été les différentes étapes du projet d’édification de ce monument ?

 

Au début des années 1970, une route fut ouverte pour accéder au plateau des Glières mais rien ne venait témoigner de la présence de ce maquis. L’association décida alors de la construction d’un monument qui puisse parler aux nouvelles générations. Un jury national, constitué de personnalités compétentes du monde de l’art, fut mis en place et un appel à projets fut lancé pour choisir l’artiste.

 

Parmi les 85 projets présentés, 5 furent retenus dans un premier temps, puis lors d’une deuxième étape, le sculpteur Émile Gilioli fut choisi pour l’édification de cette sculpture-architecture qui, loin des schémas traditionnels utilisés habituellement pour des monuments commémoratifs, par ses formes épurées et par l’élan qui s’en dégage, est un hymne à la Liberté. Le 2 septembre 1973, lors de son inauguration, André Malraux célébrait dans son discours l’exemplarité de ce maquis et lui donnait une notoriété internationale.

 

Quelles actions conduit aujourd’hui l’association des Glières pour valoriser cette mémoire ?

 

En partenariat avec le Conseil départemental de la Haute-Savoie, deux sites ont été ouverts pour recevoir les groupes scolaires et les visiteurs : l’un à la Nécropole nationale de Morette, l’autre sur le plateau des Glières.

 

En dehors des cérémonies anniversaires qui attirent toujours une foule importante, l’action de l’association prend des formes très différentes : création d’une "route de la mémoire" où les touristes peuvent trouver dans chaque commune alentour des bornes explicatives ; organisation, pour 2 000 élèves d’écoles primaires chaque année, d’une randonnée à travers les sentiers empruntés par les maquisards ; édition d’une revue thématique annuelle et de livres consacrés à l’histoire de ce maquis ; développement d’un site Internet.

La rédaction