Vers le Rhin

septembre-novembre 1944

Fin août 1 944 : débarquée à partir du 15 août en Provence, au sein de la 7e armée américaine que commande le général Patch, l'armée B du général de Lattre de Tassigny a libéré cette région et remonté la vallée du Rhône aux côtés des Américains, à la poursuite de la XIXe armée allemande en retraite, qui subit un désastre près de Montélimar.

Un obusier allemand détruit lors de la bataille de Montélimar, août 1944. © ECPAD/Auclaire

 

D'autres d'unités ennemies, dont celles de la 1re armée allemande, se dirigent également vers la Bourgogne depuis le Centre et le Sud-Ouest. Partout les maquisards ont en même temps intensifié leur activité et les FFI (forces françaises de l'intérieur) sont au combat.

 

C'est ainsi que la 1re DFL (division française libre) et les FFI vont libérer définitivement Lyon le 3 septembre. Entre-temps, les Français sont entrés dans l'Ain avec la 45e DIUS (division d'infanterie américaine), puis dans le Jura. Le 3 septembre, le général Patch s'entend avec de Lattre pour pousser ensemble vers Belfort grâce aux progrès déjà réalisés par le 6e CAUS (corps d'armée américain) du général Truscott. De Lattre en conséquence fait avancer ses 1er et 2e corps d'armée des généraux Béthouart et de Monsabert.

 

Sur le flanc droit de l'avance alliée, les Français livrent un dur combat à Mouthe, dans le sud du Doubs, pour s'ouvrir la route de Pontarlier tenue par des troupes russes de l'armée Vlassov alliée des nazis. Le 5, la ville est prise, les cosaques anéantis et le groupement Goutard fonce au nord-est atteignant Morteau et Maiche. Parvenu à Baume-les-Dames, le groupe Guillebaud isole Besançon par l'est mais des chars de la XIe panzerdivision contre-attaquent. La 3e DIA (division d'infanterie algérienne) établit le contact avec le maquis du Lomont, 2 500 FFI animés par le commandant Paul, qui tenait tête à l'ennemi depuis le 17 août. Les villes de Besançon, Vesoul, Lure, Luxeuil sont conquises par les Américains.

 

Mâcon est libéré par les unités du général Sudre. Sur le flanc gauche, au 2e corps d'armée, les opérations du général de Monsabert visent à prendre la Côte d'Or comme objectif immédiat. En Bourgogne, l'ennemi est déjà largement désorganisé par l'action des FFI et des SAS (special air service) car, venus de Bretagne en jeeps, des unités françaises et britanniques ont rejoint la région où elles harcèlent les Allemands ; d'autres sont parachutées comme le 3e SAS. Ainsi, le 4 septembre, se déroule à Sennecey-le-Grand un raid de commandos français mené par le capitaine de Combaud, au cours duquel est détruit un important convoi de camions armés, mais où la plupart des SAS trouvent la mort.

 

Des résistants du 2e bataillon FFI (forces françaises de l'intérieure) du Charolais, rattaché à la 1re division de marche d'infanterie

le 8 septembre 1944, en observation autour de la ville d'Autun qu'ils ont contribué à libérer. © ECPAD/Auclaire

 

La bataille d'Autun, livrée par l'armée B et les FFI, permet de bloquer les Allemands en retraite depuis le Sud-Ouest, entraînant la capture de milliers de prisonniers et la destruction de nombreux convois d'armement. Le 8 septembre, Beaune est libérée. Le général Touzier du Vigier, chef de la 1re division blindée, lance ses unités vers Dijon. Le 11, au matin, les spahis, les chasseurs d'Afrique etc. entrent dans la ville où de Monsabert installe son quartier général. Des éléments du 2e spahis continuent, avançant vers Langres, en Haute-Marne.

 

Arrivée des chars de la 1re division de marche d'infanterie à Nuits-Saint-Georges.

La division poursuit ensuite sa route vers Langres, septembre 1944. © ECPAD/Auclaire

 

C'est dans cette période-là que se déroule la jonction entre les forces alliées débarquées en Provence et celles venues de Normandie. Le 11 septembre, près de Saulieu, une patrouille du 3e peloton de reconnaissance rencontre des éléments du RMSM (régiment de marche des spahis marocains) de la 2e DB (division blindée) de Leclerc. Le 12, à Aisey, le capitaine Gaudet du 12e cuirassiers rencontre le capitaine Quérat de la 1re DB.

 

À Montbard, fusiliers-marins de la 1re DFL tombent sur des spahis du 1er RMSM. De son côté, amené par un avion venu de Brétigny, un officier de la 1re DB a gagné le poste de commandement (PC) du général Leclerc à Busson avant de revenir à Saulx-le-Duc.

 

À Courceau, le général Diego Brosset croise une patrouille de la 2e DB. Une jeep dans laquelle a pris place l'officier de liaison Eve Curie, fille des célèbres physiciens, atteint Châtillon où se trouve le PC des spahis de Leclerc avant de revenir vers la 1re DFL à Nuits-Saint-Georges.

 

Le 13, Langres est emporté par un assaut conjoint du 2e cuirassiers, du 3e zouaves, du 2e spahis, des FFI, des commandos de France, des artilleurs du 68e RA (régiment d'artillerie) fédérés par le général Sudre.

 

Chaumont, en Haute-Marne, est atteinte où le 2e spahis rejoint au contact la 2e DB.

 

La jonction des armées alliées a modifié le commandement général. Chef suprême des armées alliées, le général Eisenhower étend son autorité sur le 6e groupe d'armées US créé le 15 septembre sous les ordres du général Devers ; l'armée B y devient la 1re armée française, non plus subordonnée à la 7e armée US mais pourvue d'une autonomie opérationnelle.

 

La 1re armée doit rabattre sa manœuvre vers l'est, du nord de Lure à la frontière suisse avec pour objectifs Belfort, Mulhouse et le Rhin, tandis que les Américains se réservent la Moselle, les Vosges du Nord, le Bas-Rhin.

 

Face au front français, l'ennemi s'est constitué une ligne défensive qu'il va s'agir de rompre. Le 17, le général de Lattre donne le Rhin comme objectif à ses troupes. Son armée reçoit alors des renforts FFI qui sont transformés en unités régulières, au total 137 000 hommes, en même temps que les soldats de couleur de la Coloniale sont relevés ainsi que trois régiments nord-africains vont l'être. Ce sera "l'amalgame" que veut réussir de Lattre en intégrant peu à peu aux côtés de l'armée "régulière" des unités composées de résistants.

 

Le 24 septembre, le général de Gaulle se rend auprès de cette armée, décore de Lattre de Tassigny de l'Ordre de la Libération et fait officier de la Légion d'Honneur le général Diego Brosset.

 

Du 25 au 28, la lutte est sévère sur le front de la Haute-Saône où la 1re DFL prend des villages bien défendus par l'ennemi.

 

Au nord, jusqu'en octobre, se développe sans succès décisifs une bataille dans les Vosges, pour Le Thillot, La Bresse, vers Gérardmer, où luttent les Nord-Africains du général Guillaume, les parachutistes du 1er RCP (régiment de chasseurs parachutistes), les commandos d'Afrique.

 

Le 24 octobre, de Lattre charge Béthouart de déclencher par surprise une attaque dans le Doubs pour déboucher sur Belfort et Dannemarie. Trois jours plus tard, le général Devers entérine ce plan et fournit aux Français de l'artillerie lourde.

 

Le mois de novembre amène des intempéries très rudes, la neige tombant sans arrêt, désolant les combattants transis de froid qui souffrent sur les sommets ou dans la boue gelée des routes et des ravins. Le 13, arrivés en train à Besançon, Churchill et de Gaulle parcourent le secteur français, rencontrant de Lattre au camp de Valdahon.

 

Le général de Gaulle et Winston Churchill passent les troupes en revue dans l’est de la France, novembre 1944. © ECPAD

 

Le 14, à 11h15, l'offensive Béthouart démarre par un bombardement d'artillerie et à midi ses troupes s'élancent. La 9e division d'infanterie coloniale (DIC), la 2e division d'infanterie marocaine (DIM), la 5e DB du général de Vernejoul, le groupement Molle, attaquent. Un territoire de 5 km sur 15 est conquis. L'ennemi contre-attaque à Ecot mais le 15, partout, la ligne de résistance allemande est brisée. Le lendemain, les tanks entrent largement en action. Les CC (combat-command) 1, 2, 3, 4 et 5 progressent partout les jours suivants. Héricourt, Montbéliard sont prises. De sévères combats éclatent. Ainsi au village de Sainte-Marie, attaqué par le CC 5 de la 5e DB et où la lutte fut acharnée ou à Roche-lès-Blamont dont le 9e zouaves s'empare maison par maison.

 

Le 8e tirailleurs marocains, soutenu par les chars du CC 4, s'empare de Trémoins et de Tavey tandis que deux pelotons du 1er cuirassiers, suivis de Marocains, atteignent Héricourt à 1l h. À la nuit, les légionnaires du RMLE (régiment de marche de la légion étrangère) attaquent. Submergés, les Allemands sont défaits. Le 5e RTM (régiment de tirailleurs marocains) a réduit tous les points d'appui du Mont Bart, pris le fort, libéré le village de Bart et atteint à 17 h, le 17, Sainte-Suzanne et ses cités ouvrières.

 

Progression des chars français sur les routes sinueuses des Vosges, 1944. © ECPAD

 

Béthouart relance ses hommes en avant le 18 novembre pour l'effort suprême vers l'Alsace. Le général Carpentier attaque Belfort avec sa 2e DI marocaine dont les unités font des actions d'éclat. Le groupement Chappuis progresse, aidé par les commandos d'Afrique qui ont conquis le fort du Salbert. Les chars du 6e chasseurs d'Afrique sont à la pointe de l'avance. Durant quatre jours, la bataille de rues est générale dans Belfort. La prise de la ville précipite l'offensive vers l'Alsace.

 

Delle avait été conquise le 18 novembre par le RICM (régiment d'infanterie chars de marine) et des zouaves. La 1re DB a libéré Morvillars. Le CC 3 du colonel Caldairou, divisé en trois groupes, s'empare de Friesen, Largitzen, Pfetterhouse, Moernach, Seppois.

 

Enfin, le 19 novembre, depuis Jettingen, le peloton de chars du lieutenant de Loisy, du 2e chasseurs d'Afrique, atteint le Rhin le premier, à Rosenau, à 18h30. Le 20 novembre, la 1re division blindée investit Mulhouse où elle entre le lendemain.

 

Combats de la 1re division blindée pour la libération de Mulhouse, novembre 1944. © ECPAD/Viguier

 

Pour la 5e DB, les combats sont vifs à Montreux. La 1re DFL se bat les 19 et 20 novembre à Champagney, pris par le Bataillon du Pacifique, à Plancher-les-Mines. Le même jour, dans les Vosges, l'avance de la 3e DI algérienne du général Guillaume permet à ses spahis et FFI d'entrer à Gérardmer en ruines. Au soir du 21, Giromagny est atteint. Le 24 novembre, à Plancher-Bas, la jeep du général Diego Brosset dérape sur un pont et bascule dans le Rhin, causant la mort de l'officier.

 

L'offensive sur Colmar, combats du CC 6 de la 5e division blindée dans le secteur de Jebsheim. © ECPAD/Henri Malin

 

La 1re armée française campée sur ses positions gagnées très durement va entamer dès lors sa campagne d'Alsace qui se terminera par la libération de Colmar avant l'entrée en Allemagne.

Ministère de la défense/SGA/DPMA