Débarquer : le choix de la Normandie

L'idée d'un débarquement sur les côtes de France est le fruit d'une lente maturation. En janvier 1942, les Alliés décident de coordonner leur politique militaire lors de la conférence de Washington. L'Armée Rouge étant en mauvaise posture face aux attaques de la Wehrmacht, Staline réclamait l'ouverture d'un second front en Europe de l'Ouest afin de contraindre Hitler à prélever une partie de ses troupes sur le front de l'Est. Si Churchill préconisait de frapper l'Allemagne par la Méditerranée, qu'il considérait comme le "ventre mou " de l'Europe, les Américains étaient alors plutôt favorables à un débarquement près de Calais. Désigné sous le nom de code Sledgehammer ("Marteau-pilon"), il était envisagé au cours de l'été 1942. Il devait être la prémisse à une invasion de grande envergure de la France au début 1943 : l'opération Round-up ("Rassemblement"). Mais le cours des événements ne permit pas la réalisation de ces projets dans ces délais. Si l'Amérique pouvait fournir le matériel et les troupes nécessaires à la réalisation d'une opération de cette envergure, encore fallait-il pouvoir assurer leur transport vers le Royaume-Uni, sur des routes maritimes qui étaient alors infestées par les sous-marins allemands. Il revenait aux marines alliées de remporter la bataille de l'Atlantique, il revenait à l'industrie américaine de produire plus de navire que les Allemands ne pouvaient en couler.

En janvier 1943, lors de la conférence de Casablanca, Round-up est reporté à l'année 1944. Au mois de mars, sa planification est confiée au général britannique Morgan qui reçoit le titre de chef d'état-major du commandant en chef allié (Chief of Staff to the Supreme Allied Commander, COSSAC), celui-ci n'étant pas encore nommé. Fort d'une équipe comprenant tous ceux qui avaient préparé les opérations Torch et Sledgehammer, le COSSAC allait élaborer un nouveau plan d'invasion de l'Europe.

C'est lors de la conférence Rattle, qui se tint en Ecosse du 29 juin au 4 juillet 1943, que les Alliés choisirent le lieu du futur débarquement. Les grands ports en eaux profondes étant solidement défendus par les Allemands, c'est là également que fut prise la décision de créer des ports artificiels capables de débarquer troupes et matériels. Deux options s'offraient alors aux planificateurs du COSSAC : le Pas-de-Calais et la Normandie.

La solution qui semblait la plus évidente était le Pas-de-Calais car c'est là que la distance entre les côtes britanniques et françaises était la plus courte, autant pour le trafic maritime que pour la couverture aérienne. Néanmoins, c'est là également que les Allemands attendaient les Alliés : ils y avaient donc renforcé leurs défenses en conséquence. Mais attaquer par le Pas-de-Calais obligeait en réalité les navires mouillés dans les ports de l'Ouest de la Grande-Bretagne à un long voyage en suivant la côte méridionale de l'Angleterre.

En revanche, si l'on choisissait la Normandie, les convois pourraient converger vers une zone de rassemblement équidistante de tous les grands ports anglais. Les membres du COSSAC optèrent finalement pour la base occidentale du Cotentin, dans une zone située entre l'Orne et la Vire. Les défenses ennemies y étaient plus faibles que dans le Pas-de-Calais et la région de Caen offrait de vastes plages abritées des vents dominants. Ce choix fut définitivement approuvé lors de la conférence de Québec, en août 1943. Restait à mettre au point les détails de ce qui allait la plus grande opération combinée de l'histoire, tant par sa complexité que par les moyens mis en œuvre : l'opération Overlord ("Suzerain").

  • La conférence de Québec, du 10 au 24 août 1943. Le président américain Franklin Roosevelt, le gouverneur général du Canada Earl of Athlone, les premiers ministres canadien et britannique Mackenzie King et Winston Churchill. Copyright IWM (TR 1347)