La fortification dans le Nord

XVIème - XXème siècle

Au XVIème siècle, il apparut nécessaire de fortifier la frontière Nord, de façon à protéger Paris contre les tentatives d'invasion des Habsbourg. Un véritable réseau de places fortes fut établi ; lors du conflit de 1543, la première ligne française reposait pour l'essentiel sur les villes du Cateau, de Bois l'Evêque et de Landrecies. Charles Quint prit et renforça Landrecies, fit raser le Cateau et construisit une citadelle à Cambrai sur l'Escaut. En 1557, la défaite de Saint Quentin, qui livrait le seuil du Vermandois et ouvrait la route de Paris, amène la France à organiser son repli sur l'Oise et la ligne de la Somme.

 

Charles Quint,. Source :  photo SHD.

 

Les stratèges et ingénieurs français ne demeurèrent pas inactifs entre François Ier et Louis XIV. Profondément marqué par les invasions de 1594, 1595 et 1597 entre la Capelle, Doullens et Amiens, le roi Henri IV fit œuvrer l'ingénieur Errard, lequel construisit la citadelle d'Amiens et aménagea notamment Abbeville, Le Catelet, La Capelle, La Fère et Laon. La ligne de la Somme demeurant faible, Richelieu fit renforcer Abbeville, Corbie, Péronne, Saint Quentin et Guise. L'invasion de 1636 montra que lorsque la Somme était franchie, l'ultime recours était l'Oise. Aussitôt après l'on songea donc à installer une ligne de défense plus au Nord. Ce qui détermina fortement Richelieu à poursuivre la guerre contre l'Espagne pour s'emparer des Pays-Bas du Sud et en faire une ligne fortifiée contre les Habsbourg.

 

Le Quesnoy vu du ciel. Source : Licence GNU libre de droit.

 

L'ingénieur De Ville modernisa Landrecies, recouvrée momentanément de 1637 à 1647 et, qui, appuyée sur le Catelet, Bapaume, Arras, Hesdin, protégea le seuil du Vermandois. En 1650, la ligne française s'arc boutait plus ou moins correctement sur Béthune, Lens, Arras et Bapaume, suivant relativement la ligne de la Somme. En face, les Espagnols s'appuyaient sur la Sambre, l'Escaut, l'Ecaillon, la Scarpe : Maubeuge, Landrecies, Le Quesnoy, Bouchain, Cambrai et Douai. Les conflits des années suivantes eurent pour objet la prise de ces sites fortifiés. Turenne y affronta bien souvent Condé, passé aux Habsbourg.

 

Dès après les premières conquêtes en Flandres, Artois et Hainaut, Louis XIV confia à Vauban une mission précise : organiser rationnellement les fortifications afin d'économiser des forces et de bloquer avec peu d'hommes une troupe ennemie importante. Vauban organisa alors la défense du "Pré carré" sur deux lignes fortifiées successives : la première reposait sur Dunkerque (1671), Bergues, Furnes, Ypres (1678), Menin (1668), Lille (1668), Tournai (1668), Condé (1678), Valenciennes (1678), Maubeuge (1678). Un camp retranché fut constitué entre Condé, Valenciennes, Le Quesnoy et Maubeuge. Faute de crédits, la seconde ligne ne fut pas vraiment réalisée : elle devait s'appuyer sur Gravelines, Saint Omer, Aire, Béthune, Arras, Douai, Bouchain, Cambrai, Landrecies, Avesnes. Ce plan agençait les fortifications construites et les retranchements naturels tels que les rivières, les marais et les forêts.Cette ligne fortifiée permit l'ultime défense des frontières du Nord au début du XVIIIème siècle lors de la guerre de Succession d'Espagne. La belle résistance, en 1708, de Lille et l'échec du prince Eugène à Denain en 1712, dû en partie à son vain acharnement sur Landrecies, en sont de belles illustrations. Lors des guerres de la Révolution, Carnot s'inquiéta vivement de l'insuffisance des fortifications en Flandres et en Hainaut. De 1792 à 1794, Le Quesnoy, Le Cateau, Landrecies et Lille furent d'efficaces points de fixation des offensives ennemies.

 

Sous le Second Empire, à Maubeuge on construisit les forts de Mairieux et d'Haumont. Le nouveau territoire industriel de Lille fut protégé par une enceinte. Lors de la guerre de 1870, dans ce conflit à fronts renversés, qui opposait l'Armée du Nord, commandée par Faidherbe, à l'armée allemande installée au Nord de Paris, les lieux fortifiés traditionnels jouèrent leur rôle. Les Prussiens s'acharnèrent à prendre Amiens, furent mis en échec à Bapaume et se replacèrent derrière la Somme en s'emparant de Péronne. Après la défaite de Saint Quentin, Faidherbe se replia sur la Scarpe, l'Escaut et les places du Nord, Landrecies résistant victorieusement à l'ennemi. Après cette guerre, le général Séré de Rivières préconisa l'organisation de rideaux défensifs forçant l'ennemi à se mouvoir là où on le voulait et où on l'attendait.

 

Laissons le parler :

"Qu'au lieu d'une place unique, dont l'action est limitée à la zone d'action de son canon, on suppose, dans une contrée favorablement située, au point de vue stratégique, des ouvrages assez rapprochés pour que les feux d'artillerie, ou se croisent, ou du moins battent les points de passage obligés; qu'on suppose, en même temps, que ces ouvrages sont assez forts et assez bien approvisionnés pour exiger un siège; assez petits cependant pour être défendus par peu de monde, on aura constitué, sans affaiblissement sensible pour nos forces, un vaste obstacle, que l'ennemi ne pourra forcer de front, qu'il sera réduit à tourner par de longs mouvements de flanc, mouvements qui ne pourront s'effectuer qu'en se dirigeant vers des points connus, parfaitement déterminés et limités à l'avance."

Dans la pratique, on aménagea l'existant : le rideau défensif s'appuya à l'Ouest sur Valenciennes, les forts de Curgies, Flines et Maulde, les eaux et marais de l'Escaut, de la Scarpe et de la Sensée ; à l'Est le système s'organisa sur le secteur Landrecies, Maubeuge, Cerfontaine. Les places de Valenciennes et Landrecies, que le manque de crédits et les relations diplomatiques franco-belges rendaient difficiles à fortifier, furent réputées inutiles.

 

La citadelle conçue par Vauban. Source : Site officiel de la ville de Maubeuge

 

A l'Ouest, on trouve le fort des Dunes, près de Dunkerque, la batterie de Zuydcoote, l'ouvrage Ouest, l'ouvrage de Petite Synthe. Lille, centre économique exposé, fut entouré d'une ceinture de 6 forts à 8 km de la ville, complétés par 4 batteries et 15 ouvrages intermédiaires. Mais Lille fut déclassée le 1er août 1914.

 

 

Citadelle de Lille. Source : ECPAD

 

Par ailleurs l'existence d'une fortification belge, notamment sur la Meuse, comme la confiance en l'efficience de la fortification mobile de campagne et en l'usage des tranchées, suscitèrent un désintérêt pour la couverture fortifiée au Nord.

Les travaux de Maubeuge furent entrepris en 1935, venant transformer la couronne de forts Séré de Rivières par la création de 4 petits ouvrages et de 7 casemates. A Valenciennes Est, ne furent prévus qu'un petit ouvrage et 2 casemates.

 

A partir de 1936 et devant l'hypothèse de la difficulté de protéger la frontière Nord en allant livrer bataille en Belgique avant que l'armée allemande n'y déferle, on prévoit de réaliser un programme de blocs d'infanterie située sur la Ligne Principale de Résistance (LPR), depuis l'Escaut jusqu'aux pieds des Ardennes. A partir de 1937, une ligne d'arrêt (LA) et des postes de soutien sont installés en arrière de la LPR. Les fortifications de la forêt de Saint-Michel Hirson en constituent une belle illustration.