Les autres fortifications autour de Belfort

 

Les autres fortifications autour de Belfort

 

Les fortifications de la trouée

 

Plan de la ceinture fortifiée de Belfort. Source : Alfred BREITEL ; La Caponnière

 

 

1874-1887 : nouvelle extension des défenses

 

La défaite de 1871, l'accroissement de la mobilité des armées et les derniers progrès de l'artillerie déterminent une campagne de fortification de grande ampleur, entreprise à l'échelle nationale à partir de 1874 sous les directives du général Séré de Rivières.

 

Dans l'Est, grâce à des rideaux défensifs (lignes de forts renforçant un terrain difficile utilisé comme rempart naturel) associés à des camps retranchés (villes entourées chacune d'une ceinture de forts constituant un abri et une base de départ pour les armées de campagne), la fortification doit canaliser l'ennemi vers des régions volontairement dépourvues de fortifications, où il pourra être attaqué sur ses flancs.

 

C'est dans ce cadre qu'une seconde ceinture de six forts (Roppe, Bessoncourt, Vézelois, Bois-d'Oye, Mont-Vaudois, Salbert), accompagnés de quelques batteries, est édifiée autour de Belfort, à une distance de 5 à 6 000 m du noyau initial. Cette ceinture, créant un grand camp retranché, est complétée par un rideau défensif au sud (vers la Suisse : forts de Lachaux, Mont-Bart, Lomont) et au nord (vers Épinal : forts de Giromagny, Ballon de Servance...), de manière à barrer la trouée de Belfort dans toute sa largeur.

 

Les forts, qui abandonnent le tracé bastionné, sont de gros massifs de maçonnerie et de terre abritant des casernes et magasins. Ils sont entourés de fossés défendus par des postes de tir appelés caponnières. L'artillerie, dont la plus grande partie est en position à l'air libre, est protégée des coups adverses par des masses de terre (les traverses).

 



1887-1914 : adaptation permanente aux progrès techniques

 

Un ensemble de perfectionnements des moyens d'attaque dans les années 1880-1887 (nouveaux obus, nouveaux explosifs...) implique une brusque remise en question de ce système fortifié, alors en cours d'achèvement. C'est ce qu'on appellera " crise de 1885 " ou " crise de l'obus-torpille ". La fortification est contrainte d'évoluer. Jusqu'en 1914, en dehors d'une interruption des travaux entre 1895 et 1905, la place de Belfort connaît des remaniements et des renforcements réguliers, manquant cependant d'homogénéité pour des raisons de restrictions budgétaires. L'artillerie est dispersée en de nombreuses batteries, ce qui la rend moins repérable et plus difficile à réduire au silence. La protection de ces batteries exige un accroissement du rôle de l'infanterie, pour laquelle apparaît toute une gamme d'ouvrages spécialisés (ouvrages intermédiaires, ouvrages d'infanterie, retranchements, abris de combat). Dans la construction des ouvrages fortifiés, le béton remplace la pierre, et quand leur installation à l'air libre devient trop risquée, les canons trouvent place dans des tourelles d'acier à éclipse (elles disparaissent dans le massif protecteur après chaque tir) ou dans des casemates bétonnées dites de Bourges.

 

En 1914, Belfort est l'une des plus importantes places fortes du pays. Pourvue de tous les établissements militaires nécessaires au logement et au soutien d'une garnison de 7 500 hommes en temps de paix et dix fois plus à la mobilisation, elle aligne, des Vosges au Jura, 18 forts, 6 ouvrages intermédiaires, un grand nombre de petits ouvrages variés, une soixantaine de batteries. Après une offensive française vers l'Alsace qui tourne court, le front se stabilise rapidement à 25 km de la ville, qui devient un gigantesque entrepôt et un lieu de repos et de rassemblement pour les troupes qui partent au front.

 

En juin 1940, hormis quelques cas de brève résistance, les forts de Belfort sont vides de leurs garnisons qui, sur ordre, ont suivi les armées françaises en repli sur le Ballon d'Alsace. Pendant l'occupation, les Allemands récupèrent pour les fondre tous les éléments métalliques des forts, en particulier ces chefs-d'oeuvre de mécanique qu'étaient les tourelles.

 



Fort du Bois-d'Oye ou fort Éblé

 

Ce grand fort de plan pentagonal a été bâti de 1883 à 1886 en belle maçonnerie de calcaire. Le casernement principal étale sa longue façade sur une immense esplanade au centre du fort. Les positions d'artillerie à ciel ouvert sont situées sur ce casernement, tandis qu'un rempart bas pour l'infanterie et l'artillerie légère couronne le fossé (fort "à cavalier").

 

Avec plus de 650 hommes et une trentaine de pièces d'artillerie, ce fort était chargé de couvrir les forts de Lachaux et de Vézelois et d'interdire les routes et voies ferrées venant de Montbéliard et de Delle.

 

Devenu point d'appui d'infanterie, il est l'objet, entre 1908 et 1913, d'importants travaux de modernisation : reconstruction en béton d'une partie du casernement, remplacement des caponnières par des coffres de contrescarpe, construction d'une casemate de Bourges, d'une tourelle de 155, d'une tourelle de 75 et de trois tourelles de mitrailleuses.

 





Fort de Roppe ou fort Ney

 

Construit de 1875 à 1877, le fort de Roppe était alors chargé de combiner son action avec le fort de Giromagny pour empêcher le contournement du camp retranché de Belfort par le nord, ainsi que de battre la route de Colmar et tout le secteur compris entre cette route et celle de Bâle, sans oublier le flanquement du fort de Bessoncourt.

 

Fort à massif central, de plan rectangulaire, il abritait plus de 650 hommes. Une cinquantaine de pièces d'artillerie étaient en position sur le rempart à l'air libre et dans deux casemates à tir indirect, ainsi que dans trois batteries annexes situées dans les environs immédiats.

 

En 1889, en réponse à la crise de 1885, un abri-caverne est creusé à proximité du fort pour lui servir de caserne à l'épreuve pour le temps de guerre. Devenu point d'appui d'infanterie, le fort est entièrement remanié à partir de 1906 : remplacement des caponnières par des coffres de contrescarpe, bétonnage de la moitié de la caserne, une tourelle de 155, trois tourelles de mitrailleuses, une casemate de Bourges, des abris de rempart.

 

Simultanément, les alentours du fort font l'objet de grands travaux : nombreuses batteries, une tourelle de 75, des retranchements et abris pour l'infanterie, une batterie cuirassée à deux tourelles de 155. L'ensemble est destiné à devenir un " centre de résistance ", pendant français de la Feste allemande. Mais la déclaration de guerre empêchera l'achèvement de plusieurs de ces ouvrages, en particulier celui de la batterie cuirassée de 155.

 

À partir de 1917 est entrepris le creusement de locaux souterrains sous le fort et de communications souterraines reliant les divers organes du fort ainsi que celui-ci à la tourelle de 75, à la batterie cuirassée de 155, à l'abri-caverne et à deux entrées à l'arrière.

 

En juin 1940, environ 400 hommes se réfugient au fort de Roppe pendant trois jours avant de se rendre.

 



Ouvrage de Chèvremont

 

Construit de 1889 à 1891 pour empêcher les infiltrations d'infanterie entre le fort de Bessoncourt et le fort de Vézelois, l'ouvrage intermédiaire de Chèvremont était constitué à l'origine, comme les ouvrages du Monceau, des Fougerais et du Haut-Bois, d'une caserne bétonnée entourée d'un rempart terrassé en arc de cercle muni de deux traverses latérales bétonnées. Sauf à l'arrière, le fossé adopte un profil triangulaire : rempart à pente très douce recouverte de fils de fer, fossé étroit et peu profond, défendu au fusil depuis le rempart. L'ouvrage était conçu pour une compagnie d'infanterie (250 hommes). Son rempart est organisé pour le tir au fusil. En outre, sur chaque flanc sont aménagées deux plates-formes d'artillerie pour 4 canons de petit calibre, protégés par les traverses bétonnées servant de magasins à munitions et agissant dans les intervalles avec les forts voisins.

 

De 1909 à 1912, l'ouvrage subit de profondes modifications : remplacement du fossé triangulaire par un fossé profond, au tracé trapézoïdal, défendu par deux coffres de contrescarpe ; installation de deux tourelles de 75 et d'une tourelle de mitrailleuses ; établissement de galeries bétonnées reliant les différents éléments entre eux.

 



Ouvrage du Monceau

 

Construit entre 1889 et 1891 dans le cadre du renforcement du grand intervalle entre les forts de Roppe et du Salbert, cet ouvrage intermédiaire pour une compagnie d'infanterie adopte la même disposition qu'à Chèvremont, Fougerais et Haut-Bois : caserne bétonnée, rempart terrassé en arc de cercle avec deux traverses latérales bétonnées, fossé à profil triangulaire sauf à l'arrière. Il faut noter que c'est le seul ouvrage de la place qui fait appel à l'eau pour sa défense : le fossé en est rempli sur une grande partie de son développement. Aux deux canons de 90 disposés sur chaque flanc s'ajoutaient deux autres canons de 90 en action frontale sur la plaine de Sermamagny.

 

Des projets de modernisation ne se concrétiseront pas ; l'ouvrage du Monceau est ainsi le seul ouvrage intermédiaire belfortain de première génération conservé dans son état initial.

 


Ouvrage du Mont-Rudolphe

 

Conçu pour renforcer le grand intervalle entre les forts de Roppe et du Salbert, et en particulier pour empêcher l'occupation du Mont-Rudolphe qui aurait été dangereuse pour le fort de Roppe, cet ouvrage intermédiaire, pouvant abriter environ 500 hommes, devait comporter une caserne bétonnée, une tourelle de 75, une tourelle de mitrailleuses, une casemate de Bourges. Sa forme irrégulière était imposée par le terrain : seules deux faces devaient être protégées par un fossé avec deux coffres de contrescarpe ; sur les autres côtés, le fossé aurait été remplacé par des pentes raides défendues par un coffre et une galerie crénelée.

 

Mais les travaux en cours en 1914 furent définitivement arrêtés à la déclaration de guerre. Seule la caserne a été coulée.

 

Outre les observatoires cuirassés à l'usage des tourelles de l'ouvrage, celui-ci devait aussi abriter deux observatoires pour la batterie cuirassée à deux tourelles de 155 située non loin et dont les travaux, à peine commencés, furent, eux aussi, abandonnés à cause de la guerre.

 

Source texte : Antoine Brolli