Les Normands dans la guerre

L’histoire des Normands pendant la bataille de Normandie est celle d’une population prise entre deux feux, perdue au beau milieu d’une bataille. Dans les jours qui suivent le débarquement, la situation est bien différente pour ceux qui vivent dans les zones libérées par les Alliés, autour de la tête de pont, et pour ceux qui survivent dans les zones encore occupées par les Allemands. C’est en Basse-Normandie que les combats sont les plus longs et les plus rudes ; c’est donc en Basse-Normandie que les populations souffrent le plus.


Dans les jours qui suivent, plus de 100 000 civils rescapés quittent les  villes détruites pour aller chercher refuge dans les villages et les fermes des alentours. C’est un véritable flot de réfugiés qui se déplace dans une région encore sous contrôle allemand. L’occupant fait peser une menace permanente sur les civils qui craignent en particulier la brutalité des SS. Plus de 500 civils normands sont sommairement exécutés, qu’ils soient résistants ou non, hommes, femmes et enfants. Dès les premiers parachutages de soldats alliés, dans la nuit du 5 au 6 juin 1944, certains habitants s’engagent dans la lutte contre les Allemands. C’est dans l’Orne que la résistance armée est la plus active, organisée en petits maquis bénéficiant du couvert boisé. De lourdes réquisitions pèsent également sur les civils. Si le ravitaillement en nourriture ne pose pas problème dans une campagne normande où abondent la viande et le lait, la question de l’hygiène se pose quant à elle de manière cruciale, du fait de l’entassement et de la promiscuité. La gale, par exemple, se développe de manière inquiétante.

 

  • Au matin du 18 juillet 1944, le village de Cagny, au sud-est de Caen, subit un violent bombardement aérien dans le cadre de l'opération Goodwood. Copyright Imperial War Museums. Réf. C 4475

  • Le général américain Collins, commandant du 7e corps qui a libéré le port de Cherbourg regarde la cité depuis son fort, en compagnie de quelques officiers. Copyright Imperial War Museums. Réf. EA 38531

  • 10 juillet 1944. Des civils passent devant un char Sherman dans les ruines de Caen. Copyright Imperial War Museums. Réf. B 6888

  • Vue du centre-ville de Caen montrant l'étendue des dégâts causés par les bombardements alliés. 9 juillet 1944. Copyright Imperial War Museums. Réf. B 6691

  • Vue du centre-ville de Caen montrant l'étendue des dégâts causés par les bombardements alliés. 9 juillet 1944. Copyright Imperial War Museums. Réf. B 6714

  • Des troupes britanniques se frayent un passage à travers les décombres dans les ruines de Caen, le 9 juillet 1944. Copyright Imperial War Museums. Réf. B 6727

  • Un soldat britannique porte une petite fille dans ses bras à travers les ruines de Caen, le 10 juillet 1944. Copyright Imperial War Museums. Réf. B 6781

  • Dans un champ près de la piste d'atterrissage de Matragny, en Normandie, deux paysans travaillent près de la carcasse d'un Ju-88 abattu par les Alliés. Copyright IWM - Réf. TR 2107

  • 18 juillet 1944, près de Caen. Une famille rentre dans son village de Buron, complètement détruit par les combats. Copyright IWM B

  • 10 juillet 1944, une jeep et des camions garés dans une rue dévastée de Caen. Copyright IWM B 6790

  • 9 juillet 1944, quelques uns des premiers soldats britanniques à entrer dans Caen posent avec des habitants devant des boutiques détruites. Copyright IWM B 6722

  • Une famille dont le domicile a été détruit par les bombardements a trouvé refuge dans le cloître de la cathédrale de Caen. Copyright IWM B 7101

À la fin du mois de juillet 1944, pas moins de deux millions de combattants s’affrontent dans une région peuplée par environ un million d’habitants. Durant les 80 jours que dure la bataille de Normandie, ceux-ci paient un lourd tribut à leur libération. Si quelques rares villes sont épargnées, telle Bayeux, une des toutes premières villes françaises libérée, nombreux sont les villages, les bourgs et les villes partiellement ou totalement détruits par les bombardements et les combats. Dans le cadre du « Transportation Plan », le haut commandement allié avait en effet planifié la destruction des principaux nœuds routiers en arrière des plages du débarquement afin d’entraver l’arrivée des renforts allemands, notamment blindés, sur la ligne de front. Il s’agissait de consolider la tête de pont tout en évitant une contre-attaque allemande. Pour cela avait été programmée la destruction d’une dizaine de villes bas-normandes  disposées en arc de cercle entre Pont l’Evêque et Coutances en passant par Vire, Condé-sur-Noireau, Lisieux et Saint-Lô,  « capitale des ruines ». Ces villes sont rasées par un véritable tapis de bombes qui s’abat sur elles les 6 et 7 juin. Près de 3 000 civils périssent alors, dont plus de 700 à Lisieux. Mais le calvaire de la ville ne fait commencer, elle qui est bombardée plus de vingt fois jusqu’à sa libération au mois d’août. Dans les jours suivants, Falaise, L’Aigle, Avranches, Valognes, Vimoutiers, Périers, Marigny, Saint-Hilaire-du-Harcouët, Mézidon, Domfront ou encore Thury-Harcourt sont également visés par l’aviation alliée. Au total, durant la bataille de Normandie, deux tiers des 20 000 civils normands tués périssent sous les bombardements aériens. De l’avis même des responsables alliés, ces bombardements stratégiques ne sont pas déterminants : ils ralentissent certes l’ennemi dans ses mouvements, mais ils ne le bloquent pas.

Si le début de la bataille de Normandie est marqué par ces bombardements dont l’ampleur est sans rapport avec les résultats obtenus, la fin de la bataille de Normandie est marquée par le bombardement du Havre qui reste quant à lui une plaie ouverte dans la mémoire normande. Transformée sur ordre d’Hitler en véritable forteresse, le port du Havre est protégé par une garnison de 12 000 Allemands  qui tiennent un redoutable système de défenses. Le port est un enjeu de haute importance pour les Alliés qui comptent sur lui pour assurer leur ravitaillement en carburant et en munition. Ce sont les Britanniques qui sont chargés de prendre libérer la ville. Le 5 septembre, 1944, l’aviation britannique détruit totalement le centre-ville du Havre, tuant sur le coup 1 100 habitants ; un bombardement massif qui ne visait aucune installation militaire. Jusqu’au 11 septembre 1944, Le Havre subit quatre autres bombardements aériens, en plus des tirs de l’artillerie de marine et de l’artillerie terrestre. La ville est libérée le 12 septembre : elle est rasée à 85 % et plus de 2 000 civils ont trouvé la mort sous les bombes alliées, dont 300 qui s’étaient réfugiés dans un tunnel qui s’est écroulé sur eux. Le lendemain, le journal Le Havre-Matin peut écrire : « Nous vous attendions dans la joie ; nous vous accueillons dans le deuil ».


En dépit de la souffrance et des destructions subies, la population normande ne manifeste pas d’hostilité envers ceux que la propagande de Vichy présente comme ses « libéra-tueurs ». Certes,  dans les villages et les villes détruits par les bombardements alliés, l’accueil est parfois réservé, dans la crainte surtout du retour des soldats allemands. Mais après s’être assurés du départ définitif de l’ennemi, les Normands se détendent et les témoignages des soldats alliés ayant traversé la Normandie libérée insistent tous sur les signes de reconnaissance à leur égard.