Aurore Tillac

Chœur officiel de la République, le chœur de la Garde républicaine est constitué le de 45 chanteurs français, recrutés parmi l’élite de la discipline. Chef de cette formation depuis 2007, Aurore Tillac évoque la place particulière de La Marseillaise dans le répertoire officiel.

Aurore Tillac
Aurore Tillac - © DR

Qu’est-ce que le chœur de la Garde républicaine et comment en devient-on membre ?  

 

Le chœur de l'armée française est un chœur d'hommes composé d'une quarantaine de chanteurs professionnels. Formation de la Garde républicaine, il est le chœur officiel de la République. Il est régulièrement amené à se produire lors des cérémonies nationales comme le 14 Juillet ou le 11 Novembre et lors d’autres commémorations. Il participe également à des saisons musicales et festivals en France ainsi qu'à des productions sur de grandes scènes françaises, dans la capitale - le théâtre du Châtelet, la Philharmonie de Paris ou encore le théâtre des Champs-Élysées - et en province, notamment à l’auditorium de Bordeaux. Pour intégrer le chœur, il faut passer un concours musical devant un jury composé des chefs de chœur et de membres du chœur. Le concours se déroule en quatre tours. Il commence par un air au choix du candidat, se poursuit par une vocalise et un air au choix du jury. Le candidat doit ensuite procéder à une épreuve de déchiffrage, un quatuor et une épreuve d'unisson. Enfin, un entretien avec le candidat permet au jury d'évaluer ses motivations et son profil.

 

Dans quelles circonstances chantez-vous La Marseillaise ?

 

Lors de toutes prestations officielles et lors de certains concerts de la formation. Nous avons deux versions de l'hymne national : la version dite "officielle" pour quatre voix d'hommes a cappella que nous chantons lors des cérémonies, et la version reprise par le compositeur Hector Berlioz, pour chœur et orchestre. Ces deux versions me touchent car elles sont d'une très grande puissance. Celle de Berlioz, de par sa dimension symphonique, est très impressionnante. Mais nous avons aussi d'autres chants à notre répertoire, notamment Le Chant des partisans, Le Chant du départ, La Madelon et bien d'autres morceaux définis par les services protocolaires du ministère de la défense, en fonction de chaque commémoration.

 

En tant que chef de chœur de la Garde républicaine, que ressentez-vous lorsque vous dirigez La Marseillaise ?

 

La seule chose que je peux dire c'est qu'en plus de dix ans au chœur de l'armée française, l'émotion est toujours la même au moment de diriger La Marseillaise. En tant que chef de chœur, j'aurai simplement un regard purement technique sur cette pièce. Elle est tout à fait correctement structurée, harmoniquement efficace et très simple à diriger ! Je crois que le souvenir le plus fort fut une cérémonie au camp du Struthof. Nous avons chanté, après le témoignage particulièrement poignant d'un rescapé du camp, le chant de Natzweiler-Struthof et ensuite La Marseillaise. Nous avions tous les larmes aux yeux.

 

Selon vous, quelle place occupe aujourd’hui  le chant de Rouget de l’Isle dans la société française ?

 

Il occupe la place que chacun veut bien lui donner ! Ma réponse n'est en aucun cas objective ! La Marseillaise est ce qu'elle a toujours été pour les Français, à savoir le symbole contemporain de notre identité nationale. Surtout depuis les terribles attentats que la France a subis, la dimension symbolique de La Marseillaise s'est encore renforcée ; c’est aussi un chant rassembleur que des stades entiers font résonner lors des matchs !

La rédaction

Pour en savoir plus

Pour connaître l’organisation et la programmation du chœur de la Garde républicaine : http://www.gendarmerie.interieur.gouv.fr

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La Marseillaise d’hier à aujourd’hui

Héritée de la Révolution française, La Marseillaise accompagne l’histoire de notre pays depuis plus de deux siècles, autant dans ses moments d’espoir et d’allégresse que dans ses bouleversements et ses épreuves les plus tragiques. Symbole d’unité, elle s’est imposée comme le point de ralliement des défenseurs de la liberté, en France et à travers le monde.

Isidore Adrien-Auguste Pils (1813-1875).
Isidore Adrien-Auguste Pils (1813-1875). "Claude Joseph Rouget de Lisle chantant pour la première fois La Marseillaise chez Dietrich, maire de Strasbourg, 1792". Paris, musée d'Orsay - © Roger-Viollet

Composée dans la nuit du 25 au 26 avril 1792, sous le titre de Chant de guerre pour l’armée du Rhin, La Marseillaise est entonnée pour la première fois par son auteur, Joseph Rouget de Lisle, officier du génie apprécié pour jouer du violon et tourner les rimes. Plusieurs versions diffèrent sur les circonstances de sa création : le soir même lors d’un dîner chez Dietrich, le maire de Strasbourg, le lendemain matin après une nuit de composition, ou encore chantée lors d’un repas de corps. L’histoire a conservé le récit immortalisé par Lamartine dans son Histoire des Girondins et le tableau d’Isidore Pils, peint en 1849, dans l’euphorie de la proclamation de la IIe République. La première édition de la partition est imprimée sans nom d’auteur, à Strasbourg, par Dannbach et dédiée au maréchal Luckner, ce qui permet de la dater au plus tard de mai 1792, puisqu’il sera par la suite nommé commandant de l’armée du Nord avant de finir sur l’échafaud en janvier 1794. Dietrich connaîtra le même sort et sera guillotiné en 1793. Opposé comme les autres à la destitution du roi, Rouget échappera à la peine capitale mais sera tout de même emprisonné d’août 1793 à juillet 1794.

 

L’hymne est d’abord diffusé en France par les clubs et les journaux. François Mireur, futur général, le fait connaître à Montpellier. Il est alors adopté par le bataillon des fédérés volontaires marseillais, appelé par la Convention pour participer à la journée du 10 août 1792 qui voit le renversement de la monarchie constitutionnelle et la Révolution basculer dans la Terreur. La chanson connaît alors un succès foudroyant. Les circonstances de son arrivée à Paris et son adoption par la population de la capitale lui donnent son titre de "La Marseillaise".

 

Gossec remédie à quelques faiblesses de la partition de Rouget et en fait la première harmonisation pour orchestre sous le titre L’Offrande à la liberté. Cette version est donnée en ouverture de tous les spectacles. Choisie par la Convention en 1793 comme hymne officiel, la Convention thermidorienne la décréta "chant national" le 14 juillet 1795 (26 messidor an III). La Marseillaise se diffuse rapidement à travers l’Europe. Elle est traduite en anglais et en allemand dès 1792, connue en Suède en 1793, introduite aux États-Unis en 1795.

 

Associée aux excès révolutionnaires, La Marseillaise est proscrite sous l’Empire au profit du Chant du départ et de Veillons au salut de l’Empire. Elle réapparaît pendant les Cent-Jours, mais est de nouveau interdite sous la Restauration. Puis elle est chantée pendant les Trois Glorieuses, en juillet 1830, et Berlioz en fait une magistrale orchestration avec chœurs, qu’il dédie d’ailleurs à Rouget de Lisle. Toutefois, La Marseillaise ne retrouve pas son statut d’hymne, pas plus sous la IIe République que sous le Second Empire. Sa résurgence dans les soubresauts populaires qui emportent les régimes au XIXe siècle confirme qu’elle est profondément ancrée dans les mémoires par des années d’interprétation et par le souvenir exaltant de la Révolution. La Marseillaise demeure un chant subversif qui est réservé aux quartiers populaires des grandes villes.

 

UNE PATERNITÉ CONTESTÉE

 

Bonaparte avait fait appel à Rouget pour créer un nouvel hymne, mais son Chant des combats donné le 3 janvier 1800 à l’Opéra-Comique fut un échec, comme Vive le roi composé pour le retour des Bourbons en 1815. Compositeur d’un seul air de génie, Rouget s’est vu contester la paternité de la mélodie de La Marseillaise, d’autant plus que les premières éditions ne comportent pas son nom. Certains y voient la signature de Pleyel, Holtzmann ou même Mozart... En 1863, le musicologue Fétis est assigné en justice pour en avoir attribué la composition à Navoigille, mais il se rétracte. En 1886, le chartiste Arthur Loth en retrouve le thème dans les Stances de la calomnie tirées de l’oratorio Esther, une partition antérieure à la Révolution, signée de Jean-Baptiste-Lucien Grisons, maître de chapelle de Saint-Omer de 1775 à 1787. L’affaire fait grand bruit, elle amène Constant Pierre à publier ses travaux sur les répertoires musicaux de la Révolution et Julien Tiersot son historique de l’hymne, tous deux défendant ainsi Rouget. Découverte plus récemment, une partition du violoniste virtuose

Giovanni Baptista Viotti, Thème et variations en do majeur, qui serait datée de 1781, donne aussi le thème de La Marseillaise. En fait, il n’existe pas de droit d’auteur à l’époque et les emprunts étaient fréquents : le débat est donc loin d’être clos.

 

UN HYMNE PERÇU COMME SUBVERSIF

 

Le Second Empire a voulu oublier La Marseillaise, l’autorisation de l’interpréter sur scène était systématiquement refusée, sauf à la déclaration de guerre en juillet 1870. Chant insurrectionnel, elle est reprise sous la Commune. Elle est chantée le 8 septembre 1877, lors des obsèques de Thiers. La même année, à la suite de son interprétation dans un théâtre nantais, des députés républicains tentent de rétablir son statut d’hymne. Le 30 juin 1878, M. Sellenick, le chef de la musique de la Garde républicaine, se voit infliger un blâme par le colonel commandant la Garde. Cette sanction exceptionnelle du chef de musique de l’orchestre de prestige de l’armée, et a fortiori du régime, se veut exemplaire pour le ministre de la Guerre, le général Borel. Il motive l’interdiction du chant en rappelant l’argument invoqué depuis la Restauration : "Sans parler de la signification politique qu’on pourrait lui prêter, ce qu’il importe d’éviter pour tout ce qui touche à l’armée, le chant de La Marseillaise, fait pour le temps de guerre, ne convient pas actuellement à l’armée, puisque nous sommes et que nous voulons rester en paix avec le monde entier". Cette affaire s’inscrit dans l’ultime période de la crise du 16 mai 1877 qui voit basculer le régime, d’institutions attendant la restauration de la monarchie à une république radicale qui va multiplier les gestes symboliques revendiquant son passé révolutionnaire. Certainement concertée avec l’autorité parisienne inaugurant un monument à la République, l’interprétation de Sellenick préfigure le retour en grâce du chant révolutionnaire. Cette affaire n’aura pas d’incidence sur sa carrière, puisqu’il sera élevé au grade de chevalier de la Légion d’honneur et que le ministre de la Guerre lui commandera un pas redoublé pour la fête du 14 juillet 1880. Il restera d’ailleurs en fonction jusqu’à la limite d’âge en 1884.

 

L’HYMNE NATIONAL DÉFINITIVEMENT ADOPTÉ

 

Le 14 février 1879, une proposition de loi est présentée par Gambetta, puis retirée. Six jours plus tard, sur proposition du général Gresley, ministre de la Guerre, le Parlement décrète La Marseillaise chant national officiel par confirmation du décret du 14 juillet 1795 (26 messidor an III). Une lettre du ministre de la Guerre du 24 février 1879 fait donc savoir que "l’hymne intitulé : Hymne des Marseillais sera exécuté dans toutes les circonstances où les musiques militaires sont appelées à jouer un air officiel". La lettre voudrait faire croire que ce chant n’a jamais cessé d’être l’hymne officiel, comme si les autres régimes n’avaient été que des parenthèses historiques : "Un décret-loi, en date du 26 messidor an III (14 juillet 1795), inséré au Bulletin des lois et qui n’a jamais été rapporté, porte que le morceau de musique intitulé : Hymne des Marseillais sera exécuté par les musiques militaires." En 1879, il est trop tôt pour une fête nationale, les républicains n’ayant pas encore arrêté de date définitive. La première fête nationale est donc celle du 14 juillet 1880, avec la remise des drapeaux à l’hippodrome de Longchamp, les défilés, les salves d’artillerie et les bals populaires. Depuis cette date, La Marseillaise est interprétée lors de toutes les cérémonies officielles.

 

UNE PARTITION OFFICIELLE

 

L’adoption d’un hymne officiel nécessite celle d’une partition de référence pour éviter les divergences d’exécution quand plusieurs musiques sont réunies. En 1845, l’adoption des instruments d’Adolphe Sax avait réglé les problèmes d’instrumentation et d’organisation. Il restait à se mettre d’accord sur la partition. L’harmonisation de Gossec ne convenait pas et celle de Berlioz était destinée avant tout à l’accompagnement d’un chœur et non pour être jouée seule. En 1886, le général Boulanger, alors ministre de la Guerre, lance un concours auprès des chefs de musique et constitue un jury des plus grands musiciens de l’époque. La version officielle pour orchestre est adoptée le 20 mai 1887. Une nouvelle partition est adoptée en 1912 pour pouvoir être exécutée avec des chœurs. Elle est modifiée dans la version de Pierre Dupont, officialisée en 1938 et toujours d’usage, sauf sous la présidence de Giscard d’Estaing qui avait demandé d’en ralentir le tempo.

 

DES HYMNES DANS TOUTE L’EUROPE

 

À partir de 1792, les idées révolutionnaires apportées par les armées françaises embrasent les peuples européens. Entre 1809 et 1813, les étudiants et les soldats des corps francs germaniques reprennent les compositions de leurs poètes (Arndt, Weber, Uhland...). L’Ode à la joie (Ode an die Freude) de Schiller est mis en musique par Beethoven. Ce thème musical, dernier mouvement de la 9e Symphonie, deviendra l’hymne européen en 1986. En Pologne, La Varsovienne de Sienkiewski et Kurpinsky est créée en 1831. En Belgique, l’insurrection de 1830 qui mène à son indépendance est déclenchée à l’opéra par les paroles de La Muette de Portici d’Auber. En Italie, c’est Verdi dont le nom même symbolise l’unité, Viva VERDI utilisé par les partisans de l’unité signifiant Viva Vittorio Emanuele Re d’Italia (Victor-Emmanuel étant le prétendant au trône italien). Die Wacht am Rhein (La Garde au Rhin), écrit en 1840 et mis en musique en 1854, fait office d’hymne national officieux des peuples germaniques pendant la guerre de 1870. La question nationale a aussi inspiré le poète August Heinrich Hoffmann von Fallersleben qui écrit en 1841, sur une partition de Haydn, Das Lied der Deutschen ou le Deutschlandlied, dont le 3e couplet est l’actuel hymne allemand. Le modèle est venu des Britanniques qui sont les premiers à créer des hymnes patriotiques. Dès le milieu du XVIIIe siècle, ils adoptent Rule Britannia (1740), God Save The King (1745, la mélodie est empruntée à une composition de Lully, ce qui est toujours contesté par les Britanniques) et Heart Of Oak (1759), l’hymne des marins de la Navy.

 

UN DIALOGUE ENTRE LES PEUPLES

 

Outre l’expression d’une identité collective par le chant, les hymnes nationaux sont aussi un moyen de s’adresser aux autres nations. En ce sens, ils établissent une sorte de dialogue entre les peuples, un concert des nations. La musique et donc la chanson agissent dans le temps long de la mémoire des peuples. On se souvient toute sa vie des chansons apprises dans l’enfance, comme de celles entendues pendant l’adolescence. Ainsi, marquent-elles d’empreintes indélébiles les générations successives. Ces musiques imprègnent la mémoire collective, l’influencent dans son évolution, forcément lente dans ce contexte. L’Europe a chanté d’une seule voix jusqu’à Luther. Non pas les chansons populaires mais le répertoire sacré. Sans forcément parler le latin, les populations le chantaient et en comprenaient le sens. En faisant de l’allemand une langue liturgique, Luther brisait l’unité du latin. Les hymnes nationaux peuvent alors s’interpréter comme une tentative d’instaurer un dialogue entre les peuples, entre les nations, à défaut de pouvoir retrouver l’unité perdue. Dans ces temps qui ne connaissent pas encore l’enregistrement ni les techniques de communication modernes que sont la radio, le cinéma ou la télévision, la chanson est un média essentiel.

 

UN LIEN COLLECTIF EN PERPÉTUEL DÉBAT

 

Un hymne national est perçu dans le pays qui l’a adopté comme un outil de cohésion, d’identification collective. Au-delà des paroles, de la mélodie et de son histoire, cette composition acquiert une signification propre permettant à tous de s’y reconnaître. Le changement de statut du chant devenu hymne national atténue sa signification subversive. Alors que La Marseillaise est utilisée depuis la Révolution comme un chant politique, les ouvriers vont lui préférer L’Internationale dont la musique est composée en 1888. Ce changement est aussi perçu à l’étranger. De février à novembre 1917, La Marseillaise fait office d’hymne national pour le gouvernement provisoire de la Russie avant que les bolcheviques ne la remplacent par L’Internationale. En France, le film que Renoir consacre à La Marseillaise, en 1938, contribue à réconcilier le chant avec les masses populaires, même si cette institutionnalisation continue de susciter des questions. De nos jours, on ne chante que le 1er couplet, le refrain et le 6e couplet, qui sont de Rouget, ainsi que le 7e dit "couplet des enfants" attribué à l’abbé Pessonneaux. Les autres ne sont quasiment jamais interprétés.

Les interrogations, critiques et contestations, pour légitimes qu’elles puissent l’être parfois, sont aussi des remises en cause du bien-fondé de son rôle et donc des liens collectifs qui unissent les individus d’une même nation. Malgré une histoire complexe, voilà donc plus de deux siècles que La Marseillaise vibre au rythme de l’histoire de France. S’il n’est pas à l’abri des polémiques et même parfois boudé, l’hymne continue d’être perçu comme un symbole d’union et demeure irrémédiablement associé à la République. Il retentit à chacune de ses célébrations : commémorations, cérémonies officielles, célébrations mémorielles, rencontres sportives internationales. La Marseillaise est protégée par le délit d’outrage depuis 2003 et doit être enseignée aux enfants des écoles depuis 2005.

 

AVEC LES FRANÇAIS DANS LEURS ÉPREUVES

 

L’institutionnalisation de l’hymne passe par son enseignement aux jeunes générations. En 1911, face aux tensions de plus en plus vives qui traversent l’Europe, le ministre français de l’instruction publique, Maurice-Louis Faure, rend obligatoire l’apprentissage de La Marseillaise à l’école.

 

Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, elle s’impose comme le chant de "l’union sacrée", ultime rempart contre l’agression germanique. L’hymne est alors joué et chanté tant sur le front qu’à l’arrière, aux terrasses des cafés, aussi bien lors des cérémonies officielles que dans les spectacles. Symbole de cette ferveur, le 14 juillet 1915, les cendres de Rouget deLisle sont exhumées du cimetière de Choisy-le-Roi et déposées sous le Dôme des Invalides à Paris, à l’issue d’une cérémonie solennelle.

 

Elle reste l’hymne national sous le régime de Vichy et n’est pas vraiment concurrencée par Maréchal nous voilà qui n’a jamais été officialisé. Elle est aussi chantée par les soldats français en Angleterre, par les prisonniers des stalags comme par les résistants à l’occupant. La constitution de 1946, puis celle de 1958, mentionnent expressément que l’hymne national est La Marseillaise. En 1962, elle est chantée aussi bien par les partisans de l’Algérie française que par ceux du général de Gaulle, qui pouvait l’entonner dans ses discours avant qu’elle ne soit reprise par l’assistance. Le 30 mai 1968, les manifestants venus soutenir le Général sur les Champs-Élysées la reprennent en chœur.

 

Quant à ses interprétations, elles peuvent être appréciées comme celles de Jessye Norman lors du bicentenaire de la Révolution, le 14 juillet 1989 sur la place de la Concorde, ou de Mireille Mathieu, d’autres peuvent être mal comprises, comme la version reggae de Serge Gainsbourg en 1979, et son emploi lors de l’ouverture des matchs de football est souvent sujet à polémiques. Plus récemment, lors de l’hommage rendu par l’Assemblée nationale aux victimes des attentats du 7 janvier 2015, les députés l’ont reprise à l’unisson, symbolisant ainsi l’unité nationale face à la menace terroriste. Ce fut encore le cas lorsque le Parlement s’est réuni en Congrès à Versailles après l’attentat du 13 novembre 2015.

 

UNE SACRALISATION DU LIEN COLLECTIF

 

Expression des liens qui unissent un peuple, l’hymne national revêt une dimension sacrée. Son exécution impose de lui manifester le respect par la posture de ceux qui l’interprètent ou qui l’écoutent. On est censé se mettre debout et se découvrir. Ce n’est pas le chant en lui-même qui est sacré, mais ce qu’il représente pour la collectivité. Il est légalement acté dès les débuts de la Révolution quand La Marseillaise remplace le Te Deum traditionnel : "La Convention, au reçu de la nouvelle, avait décrété la célébration d’une fête civique : sur la proposition du ministre de la guerre Servan, il fut décidé qu’au lieu du Te Deum on y chanterait l’Hymne des Marseillais. La séance où cette consécration fut donnée au chant de Rouget de Lisle (28 septembre 1792) est la première où il fut fait mention dans l’Assemblée du futur chant national, et l’exécution qui suivit en fut la première audition officielle."

 

Dans la liturgie romaine, le Te Deum est chanté à l’occasion de services solennels d’action de grâce (victoires, fêtes nationales, naissances princières, rémission d’une maladie, saluts, processions, etc.) et dans toutes les circonstances où l’on veut remercier Dieu. Le remplacement de cette hymne par La Marseillaise pour fêter une victoire indique le transfert de sa fonction sacrée. Désormais, ce n’est plus Dieu qui est célébré par le peuple, c’est le peuple qui se célèbre lui-même comme maître de son propre destin.

Thierry Bouzard - Historien de la musique

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En résumé

DATE : 25 avril 1792

LIEU : Strasbourg

ISSUE : composition de La Marseillaise

AUTEUR : Rouget de Lisle

Première partition de

Première partition de "La Marseillaise" de Claude Joseph Rouget de Lisle, 1792. BnF

© Roger-Viollet
Translation des cendres de Rouget de Lisle aux Invalides : le cortège, avenue des Champs-Élysées, Paris, 14 juillet 1915

Translation des cendres de Rouget de Lisle aux Invalides : le cortège, avenue des Champs-Élysées, Paris, 14 juillet 1915

© Wackernie / Excelsior - L'Équipe / Roger-Viollet
Gustave Doré (1832-1883).

Gustave Doré (1832-1883). "La Marseillaise", gravure allégorique, 1870. BnF

© Albert Harlingue / Roger-Viollet

Chronologie

La Marseillaise

Juillet 1789

14 juillet : prise de la Bastille.

Août 1789

26 août : déclaration des droits de l'Homme et du Citoyen.

Juillet 1790

14 juillet : fête de la Fédération.

Avril 1792

20 avril : déclaration de guerre de la France à l'Autriche.

25 avril : composition à Strasbourg par Rouget de Lisle du Chant de guerre pour l'armée du Rhin.

Juillet 1792

11 juillet : "La patrie en danger", les armées autrichiennes et prussiennes aux frontières de la France.

23 juillet : adoption par les volontaires marseillais se rendant aux frontières du Chant de guerre de l'armée du Rhin, baptisé à cette occasion Chant des Marseillois par les Parisiens.

Août 1792

10 août : prise du palais des Tuileries et chute de la monarchie au chant de La Marseillaise.

Septembre 1792

20 septembre : victoire de Valmy.

21 septembre : abolition de la royauté, proclamation de la République.

30 septembre : création à l'Opéra de Paris de L'Offrande à la liberté de François-Joseph Gossec, première harmonisation pour orchestre de La Marseillaise.

Août 1793

Emprisonnement de Rouget de Lisle, opposé à la destitution du roi, jusqu'en juillet 1794.

Juillet 1794

14 juillet : composition par Étienne Nicolas Méhul et Marie-Joseph Chénier du Chant du départ.

Juillet 1795

14 juillet : adoption de La Marseillaise comme "chant national" par la Convention thermidorienne.

Juillet 1804

14 juillet : La Marseillaise remplacée par le Chant du départ.

Juillet 1830

Orchestration avec chœurs de La Marseillaise par Hector Berlioz.

Septembre 1830

Septembre-décembre : La liberté guidant le peuple, huile sur toile, Eugène Delacroix.

Juin 1836

26 juin : décès de Rouget de Lisle à Choisy-le-Roi.

Juillet 1836

29 juillet : inauguration de l'Arc de triomphe et du haut-relief Le départ des Volontaires de 1792, dit La Marseillaise réalisé par François Rude.

Juin 1849

15 juin : Rouget de Lisle chantant la Marseillaise pour la première fois en 1792, huile sur toile, Isidore Pils, présenté au Salon de l'Académie des Beaux-Arts.

Février 1879

Reprise de La Marseillaise comme hymne national.

Juillet 1880

6 juillet : la fête nationale française fixée au 14 juillet.

14 juillet : première fête nationale, avec remise des drapeaux, défilés, salves d’artillerie et bals populaires.

Mai 1887

20 mai : adoption de la version officielle pour orchestre de La Marseillaise.

Février 1911

25 février : l’apprentissage de La Marseillaise dans les écoles françaises rendu obligatoire par le ministre de l’Instruction publique.

Juillet 1915

14 juillet : transfert des cendres de Rouget de Lisle sous le Dôme des Invalides à Paris.

Février 1917

Février-novembre : La Marseillaise adoptée comme hymne national par le gouvernement provisoire de la Russie.

Février 1938

9 février : sortie du film La Marseillaise de Jean Renoir.

Juillet 1938

14 juillet : officialisation de la version de La Marseillaise de Pierre Dupont.

Octobre 1946

27 octobre : La Marseillaise explicitement mentionnée comme hymne national dans l’article 2 de la Constitution.

Octobre 1958

4 octobre : confirmation de La Marseillaise comme hymne national dans l’article 2 de la nouvelle Constitution.

Mars 2003

13 mars : La Marseillaise protégée du délit d'outrage par la loi.

Avril 2005

23 avril : loi rendant obligatoire l'apprentissage de La Marseillaise dans les écoles.

Galeries photos

Auguste Pinelli (1823-1878).
Auguste Pinelli (1823-1878). "Claude Joseph Rouget de Lisle rédigeant La Marseillaise", 1792. Paris, musée d'Orsay - © Roger-Viollet
Première partition de
Première partition de "La Marseillaise" de Claude Joseph Rouget de Lisle, 1792. BnF - © Roger-Viollet
"La Marseillaise", partition éditée en 1881, dessin de Falguière. BnF - © Roger-Viollet
François Rude (1784-1855).
François Rude (1784-1855). "Départ des volontaires de 1792" ou "La Marseillaise". Haut-relief sur pierre, 1833-1836, Arc de Triomphe, Paris - © Iberfoto / Photoaisa / Roger-Viollet
"La Marseillaise", dessin de Falguière. BnF - © Roger-Viollet
"La Marseillaise" - © SGA/COM
"La liberté guidant le peuple", Eugène Delacroix (détail). Huile sur toile, 1830, Paris. Musée du Louvre - © Imagno / Roger-Viollet
Auguste Pinelli (1823-1878). Première partition de François Rude (1784-1855).

"La Marseillaise, chant de guerre, chant de liberté"

L’année de La Marseillaise s’achève, le 2 décembre 2016, par un colloque au ministère de la défense. Cette manifestation scientifique, qui regroupe des chercheurs français et étrangers, est l’occasion de se pencher, tant d’un point de vue historique que musicologique, sur la longue histoire des significations et des appropriations de l’hymne national, sur sa diffusion à travers le monde et sa destinée internationale.

Affiche du colloque
Affiche du colloque - © SGA/COM 2016

Composée en avril 1792, à la suite de la déclaration de guerre à l’Autriche, La Marseillaise fut d’abord un chant de mobilisation. Elle appelait au combat les bataillons de volontaires levés depuis 1791. En ces temps de révolution, la guerre ne relevait plus de la seule volonté du roi. Elle engageait la nation toute entière et s’affirmait comme un fait politique majeur. Ainsi s’imposait une nouvelle fonction du chant militaire, qui n’avait plus seulement pour fonction d’exalter la fureur guerrière, mais également de souder un corps politique dans l’élan volontaire.

 

Initialement conçue comme un "chant de guerre pour l’armée du Rhin", La Marseillaise se présentait également comme un appel à la lutte contre la tyrannie. Adoptée par les volontaires venus de Marseille pour rejoindre les armées des frontières, elle accompagna la chute de la monarchie au cours du mois d’août 1792.

 

Avant même la proclamation de la République, le chant des volontaires marquait l’affirmation du peuple souverain et la défense de la Révolution par les citoyens en armes, qui s’appropriaient ainsi la chose publique. La guerre permit de réaliser, dans les faits, l’idée républicaine, avant même son accomplissement institutionnel. C’est d’ailleurs au lendemain de la bataille de Valmy que la République fut proclamée, le 21 septembre 1792. En 1795, la Convention institua ce lien en adoptant La Marseillaise, cet hymne guerrier, comme "chant national". Né sous la monarchie et écrit par un officier, qui n’était pas acquis aux idées républicaines, ce chant était devenu un symbole de la République.

 

Cette première phase de l’histoire de La Marseillaise en exprimait le caractère essentiel, c’est à dire cette faculté de dire et suggérer bien plus qu’un simple appel au combat. La Marseillaise inaugurait ainsi la longue histoire de ses appropriations, que ce colloque aura pour ambition de retracer selon trois axes principaux.

 

LE SUCCÈS INTERNATIONAL D’UN CHANT NATIONAL

 

Abandonnée par le Premier Empire, puis par les régimes successifs du XIXe siècle, La Marseillaise redevint hymne national le 14 février 1879, au moment où la République se consolidait et affirmait sa filiation avec la Révolution française, dans laquelle elle puisait également son héritage symbolique : après l’adoption de La Marseillaise, la fête nationale fut fixée au 14 juillet par la loi du 6 juillet 1880. Cette cristallisation officielle des symboles de la République ne mit pas fin - bien au contraire ! - aux appropriations, aux détournements et aux controverses. La Marseillaise poursuivit ainsi son histoire de patrimoine vivant, sans cesse réinventé.

 

Intimement lié à l’histoire de la République, l’hymne prit une valeur d’exaltation patriotique, au moment du tournant nationaliste de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, puis au cours de la Première Guerre mondiale. Certains l’opposèrent à L’Internationale alors que d’autres, comme Jaurès, affirmaient leur fidélité aux deux chants, rappelant qu’à ses origines, l’hymne socialiste se chantait sur l’air de La Marseillaise, soulignant ainsi une profonde et riche ambivalence.

 

Le chant national, du reste, connut une prodigieuse fortune internationale, en devenant l’emblème de plusieurs mouvements révolutionnaires et même l’hymne de la révolution russe en 1917. L’appel à la lutte contre la tyrannie pouvait, en effet, se prêter à toutes les revendications d’émancipation sociale ou politique.

 

ENTRE HISTOIRE OFFICIELLE ET DÉTOURNEMENT

 

Internationale et profondément ancrée dans l’histoire nationale, La Marseillaise évoque des principes à valeur universelle, en même temps que l’histoire et l’identité singulières de la France. Symbole de la République, elle est également devenue un emblème de notre pays souvent convoqué avec familiarité. Ainsi s’explique la facilité et la fréquence avec laquelle cet hymne s’est diffusé dans la chanson populaire mondiale. Il suffit, en effet, d’en jouer quelques notes pour le reconnaître et évoquer immédiatement un parfum de France, comme le montre, par exemple, All you need is love, la célèbre chanson des Beatles.

 

L’hymne solennel réservé aux célébrations officielles devient ainsi un air familier joué, chanté et, parfois, détourné dans d’innombrables occasions.

 

Les appropriations irrévérencieuses et parfois provocatrices témoignent, à leur façon, de la vitalité de cet hymne chanté, sans cérémonie, dans les stades. Par un paradoxe, qui n’est en réalité qu’apparent, La Marseillaise a été investie d’une sacralité familière. L’histoire de ses appropriations, même critiques ou transgressives, marque finalement une forme d’attachement à ce patrimoine et à la volonté de le faire sien, quitte à le transformer. Le débat récurrent sur la modification des paroles jugées trop belliqueuses en est une illustration. La rhétorique du "sang impur", par exemple, a pu susciter certaines critiques ou prises de distance, qui visaient, paradoxalement, à transformer La Marseillaise pour la rendre plus fidèle à elle-même et à son statut idéalisé de chant de liberté.

 

UN PATRIMOINE COMMUN

 

La clé de cette plasticité réside sans doute dans le contenu même de ce chant profondément ambivalent. Hymne guerrier, qui appelle au combat, il ne saurait être réduit à l’affirmation brutale d’une pulsion agressive. L’appel à la mort des tyrans invite également les Français à se comporter en "guerriers magnanimes" dans le cinquième couplet. Mais au-delà de son ambivalence, La Marseillaise joue sur le registre de l’émotion, qui relativise l’instabilité du sens. Elle est, avant tout, une déclaration d’ "amour sacré" pour la patrie et pour la "liberté chérie". Scandée par un rythme irrégulier, la forme musicale fut, évidemment, le vecteur privilégié de cet élan passionnel. Elle fut, elle aussi, l’objet de plusieurs interprétations, qui ont néanmoins permis la cristallisation d’un socle commun particulièrement suggestif et adapté au contenu des paroles.

 

La Marseillaise se présente ainsi comme un formidable objet d’étude, qui offre aux historiens et aux musicologues l’exemple d’une œuvre vivante, sans cesse réinterprétée. Sa vitalité témoigne également de la vigueur des principes dans lesquels la nation se reconnaît.

Hervé Drévillon - Professeur d’histoire, directeur de l’Institut des études sur la guerre et la paix, université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, directeur de la recherche au Service historique de la défense

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Mémorial de la Marseillaise

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Musée de la Résistance du Mont-Mouchet

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Ce musée retrace, au travers de l’histoire de deux jeunes maquisards, les combats qui se déroulèrent en Margeride et en Auvergne à la veille de la Libération, au printemps 1944.

Tout au long du parcours scénographique, objets authentiques, documents, photos et vidéo (30 mn) plongent le visiteur dans la réalité des faits.

Véritable livre ouvert, sa nouvelle scénographie conduit les élèves à appréhender les évèments de la Seconde Guerre mondiale et plus particulièrement les temps forts de la Résistance en Auvergne.

 

Source : musée de la Résistance du Mont-Mouchet

Offre pédagogique

Visites

  • Visite guidée du Musée et du Mémorial,
  • Visite guidée du Musée/Mémorial et du Sentier pédagogique "découverte de la forêt du Mont-Mouchet et son rôle écologique" (pédestre),
  • Visite guidée du Musée/Mémorial et du Circuit Mémoire (véhicule indispensable).
  • Catalogue scolaire
  • Fiche pédagogique

 

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Le sport dans la Grande Guerre

Vidéo commémorative du 21 mai 2016 - ©Ministère de la défense - DMPA/SDMAE/BAPI

Verdun 1916-2016

La bataille de Verdun incarne pour les Français la guerre de 14-18 dans toute son intensité et son horreur mais elle est aussi devenue "la" bataille, symbole de la résistance et de la victoire avant que Verdun ne devienne le lieu de la réconciliation franco-allemande. Antoine Prost et Gerd Krumeich croisent ici leur analyse pour interroger la mémoire de Verdun de part et d’autre du Rhin.

Soldats dans les tranchées au lieu-dit le Monument, près de Vacherauville, après l’offensive du 15 décembre 1916.
Soldats dans les tranchées au lieu-dit le Monument, près de Vacherauville, après l’offensive du 15 décembre 1916. - © ECPAD / Albert Samama-Chikli

DANS QUELLES CONDITIONS LA BATAILLE S’ENGAGE-T-ELLE ?

 

Antoine Prost : À la fin de 1915, la guerre semble figée. Les Alliés n’ont pas réussi à percer et leurs échecs d’Artois et de Champagne ont persuadé Falkenhayn, le commandant en chef allemand, que la percée est impossible. Mais celui-ci veut remettre la guerre en mouvement. Il estime beaucoup l’armée britannique, mais il croit l’armée française à bout de forces. Comment ce peuple qui ne fait pas d’enfants pourrait-il continuer la guerre ? D’où l’idée de lui infliger une défaite majeure, dans un secteur où les Britanniques ne pourraient pas les aider. Il croit que cela l’amènerait à demander une paix séparée. Un mauvais calcul politique, fondé sur une sous-estimation de l’adversaire. Mais pourquoi attaquer Verdun ?

 

Une fois la bataille enlisée, Falkenhayn prétendit qu’il voulait saigner les Français parce que l’importance symbolique de la place les obligerait à la défendre coûte que coûte. C’est ce qui s’est passé. Mais dans les états-majors allemands, personne ne parlait de saignée avant la bataille. Au demeurant, Verdun était beaucoup moins important que Reims pour les Français. En septembre 1914, l’ordre avait même été donné de l’évacuer. En fait, les raisons de Falkenhayn étaient militaires. La région fortifiée de Verdun constituait dans ses lignes un saillant menaçant. D’autre part, elle était difficile à défendre. D’abord, elle était très mal reliée à l’intérieur : la ligne de chemin de fer conduisant à Nancy était coupée à Saint-Mihiel par les Allemands, et celle de Sainte-Menehould sous le feu de leur artillerie. Restaient un tortillard à voie étroite et une route empierrée, élargie en 1915, dont on ne pouvait prévoir l’usage intensif qu’en feraient les Français. D’autre part, ceux-ci auraient beaucoup de difficultés pour se battre sur la rive droite, car la Meuse constituait une coupure majeure sur laquelle il y avait moins d’une dizaine de ponts. Aussi Falkenhayn décida-t-il initialement d’attaquer seulement sur la rive droite, et non sur les deux rives comme le réclamait le chef d’état-major de l’armée d’attaque.

 

Ce choix était aussi celui d’une tactique destinée à économiser ses troupes. Il comptait sur son artillerie lourde, beaucoup plus puissante que celle des Français, pour écraser tellement leurs positions qu’ils ne pourraient plus les défendre. De fait, l’attaque allemande n’est pas une ruée, les fantassins ont confiance ; s’ils rencontrent une résistance, l’ordre est d’attendre un nouveau bombardement. Cette tactique concentrait tous les feux sur une zone relativement étroite, mais profonde, pour obtenir le pilonnage le plus intense et interdire l’arrivée de renforts.

 

Décidée en décembre, l’offensive fut montée rapidement : elle était prête le 12 février, mais le mauvais temps la reporta au 21. Joffre, qui concevait les grandes batailles sur un large front, n’imaginait pas que le Allemands puissent s’engager massivement sur ce terrain profondément raviné, et il ne réalisa le danger que très tardivement. Il n’avait pas conscience de l’impréparation dramatique du front de Verdun, et son artillerie était quantitativement et qualitativement très inférieure à celle de Falkenhayn. Il prit les précautions nécessaires au dernier moment. On ne peut dire que les Français furent surpris, mais ils n’étaient pas prêts. La première semaine de la bataille faillit tourner au désastre.

 

POURQUOI LA BATAILLE DE VERDUN EST-ELLE DEVENUE UN SYMBOLE DE LA PREMIÈRE GUERRE MONDIALE ?

 

Antoine Prost : Verdun n’est pas le symbole de la Première Guerre mondiale partout. Pour les Anglais, la Somme ou Passchendaele comptent beaucoup plus. Mais pour les Français, oui, elle résume et symbolise toute la guerre. Les combattants le disaient déjà en 1916 : "Celui qui n’a pas fait Verdun n’a pas fait la guerre." C’est d’ailleurs, avec le génocide arménien, tout ce que les programmes jugent utile d’enseigner aux collégiens sur la guerre.

 

Pour les combattants, cette bataille représente l’apogée de la violence : ils n’avaient jamais vu un tel enfer ; il était pire que celui des précédentes batailles. Mais ils ne pouvaient comparer Verdun aux batailles qui suivraient, comme la Somme ou le Chemin des Dames. Or celles-ci ont probablement été pires, car l’escalade de la guerre de matériel s’est poursuivie, les bombardements ont été de plus en plus massifs, les mitrailleuses plus nombreuses. Les témoins racontent partout les mêmes horreurs : la soif, la boue, les odeurs, l’épuisement, la détresse sous les obus qui tombent, les appels des blessés, les cadavres disloqués, la mort partout présente. Nous n’avons pas de balance pour mesurer l’horreur des batailles, et celle-ci s’est soldée par 143 000 morts allemands et 163000 français, mais les pertes mensuelles de la Somme ont été supérieures à celles de Verdun.

 

On a invoqué d’autres raisons pour expliquer le statut exceptionnel de Verdun : le fait que ce soit la seule bataille de la guerre à laquelle les Alliés n’aient pas pris part directement, ou la "noria" qui a fait passer à Verdun 73 divisions sur la centaine que comptait l’armée française, si bien que de toutes les batailles de la guerre, c’est celle à laquelle a pris part le plus grand nombre de poilus. Ces explications sont pourtant secondaires.

 

En fait, Verdun a été vécu, au moment même, comme une bataille exceptionnelle, "la" bataille, celle qu’il ne fallait pas perdre. Depuis 1914, les Alliés avaient l’initiative. Et voici que les Allemands attaquaient. Et quelle attaque ! En quelques jours, ils avançaient de 6 à 8 kilomètres, le front craquait, la défaite menaçait. Les Français ont craint de perdre la guerre et ils savaient ce que cela signifiait : ils avaient perdu la précédente, et cela leur avait coûté l’Alsace et la Lorraine. Il fallait à tout prix empêcher les Allemands de passer. L’angoisse est générale : chez les hommes politiques, les journalistes et toute la population. Les soldats ont compris l’importance de l’enjeu, et aux moments décisifs de la bataille, fin février ou en juin, quand la poussée allemande parvient à moins de 4 km de la ville, ils se battent avec un acharnement inimaginable dans des conditions abominables. Ils en tirent d’ailleurs une légitime fierté, qui nous vaut de très nombreux témoignages, car les éditeurs et le public en étaient avides.

 

COMMENT EXPLIQUER LA PLACE PARTICULIÈRE DE VERDUN DANS L’IMAGINAIRE FRANÇAIS ?

 

Antoine Prost : J’ai déjà répondu en partie, mais il faut être plus précis. Le mythe de Verdun se focalise sur la rive droite de la Meuse : entre la ville et l’ossuaire de Douaumont. La rive gauche compte beaucoup moins, au point que les Français crient victoire en décembre 1916 après avoir repris les deux forts de Douaumont et Vaux, mais non la cote 304 et le Mort-Homme, qui avaient été l’objet de combats aussi violents et que les Allemands tenaient toujours. Cette dissymétrie s’explique par le choix fait le 25 février par les militaires et les politiques de défendre Verdun sur la rive droite. C’était jouer la difficulté, car il était militairement envisageable de se replier derrière la Meuse. L’éventualité a d’ailleurs été envisagée à plusieurs reprises. Mais, cette décision a conféré à la rive droite une valeur symbolique exceptionnelle.

 

Dès 1916, tout ce qui compte, ministres, parlementaires, journalistes, académiciens, artistes, veut aller à Verdun et pouvoir le dire. Poincaré s’y rend à six reprises. En septembre, il décore la ville de la Légion d’honneur et de la Croix de guerre ainsi que d’une dizaine de décorations étrangères. En novembre, la Ville crée une médaille pour Ceux de Verdun. En 1920, c’est dans la citadelle de Verdun qu’on choisit celui des huit cercueils de soldats inconnus qui sera inhumé sous l’Arc de Triomphe. Les villes baptisent des rues du nom de Verdun. De multiples acteurs contribuent à sanctuariser le champ de bataille, où la vie ne reprend pas son cours. C’est la construction de l’ossuaire par un Comité qui réunit quatorze millions de souscriptions, en attendant que l’État lui en accorde un pour achever les travaux en 1932. C’est le regroupement de vingt-deux petits cimetières dans une nécropole de 16 000 tombes devant l’ossuaire. Les pèlerinages d’anciens combattants, le tourisme, les commémorations complètent ce travail. En juillet 1936, 30 000 anciens combattants de dix pays, surtout des Français, des Italiens et des Allemands, viennent à Douaumont prêter le serment de défendre la paix. Entre 1962 et 1967, le Comité national du souvenir de Verdun construit, à côté du village détruit de Fleury, un Mémorial pour perpétuer la mémoire des combattants quand les témoins auront disparu.

 

Mais le contexte change. Parce que Douaumont était le haut-lieu de la fierté nationale, mais d’une fierté pacifique : celui d’une France qui n’attaque pas, mais sait se défendre, il n’était pas de meilleur lieu pour manifester par un geste silencieux mais fort, la poignée de mains de François Mitterrand et Helmut Kohl, la réconciliation des deux peuples qui s’y étaient si durement affrontés.

 

QUELLE PLACE OCCUPE LA BATAILLE DE VERDUN DANS LA CONSCIENCE EUROPÉENNE ?

 

Gerd Krumeich : Ce qu’on a dit de la "singularité" de la bataille compte également beaucoup dans le souvenir européen.

 

La Première Guerre mondiale a eu de formidables conséquences pour l’Europe ; elle y a définitivement perdu sa prééminence mondiale. Et la bataille de Verdun a pris un caractère tel qu’elle restera à tout jamais l’emblème de la Grande Guerre. Elle le fut du reste depuis la bataille même, quand "Verdun" fut érigée par les politiques et militaires français en un lieu sacré, un lieu où "on ne passe pas" et qu’elle reçut la visite non seulement du président de la République française, Raymond Poincaré, mais de nombreux représentants d’États alliés et neutres qui vinrent visiter la ville et la décorèrent à maintes reprises et sous différentes formes.

 

La guerre finie, tous surent que Verdun était le lieu indépassable du massacre et de l’horreur ; à tous ceux qui pouvaient envisager l’éventualité d’une guerre, il démontrait l’inanité de toute guerre. Verdun devint une sorte de capitale de la paix européenne. Et ceci d’autant plus que la mémoire française de Verdun n’était pas une mémoire triomphaliste de victoire, mais un mélange délicat entre fierté de ce qui avait été accompli et deuil profond pour les morts, dont l’horrible sort était au-delà des commémorations...

 

La mémoire de la bataille de Verdun est donc rapidement devenue le souvenir du formidable sacrifice qu’on y avait demandé à autant de soldats - soldats des deux peuples voisins et ennemis depuis de longs siècles. On sut dans les deux pays qui furent et qui sont restés le noyau d’une Europe en formation, que Verdun ne fut que le triomphe de la mort. Et c’est la raison aussi pour laquelle on se mit à commémorer cette bataille ensemble, poilus et Feldgrau réunis. Ce fut le cas dès la fin des années vingt quand commencèrent les rencontres entre organisations d’anciens combattants. Ce mouvement vers un souvenir en commun trouva son apogée, indépassable à ce niveau-là, quand les 12 et 13 juillet 1936 plus de trente mille anciens combattants de dix pays, principalement français, allemands et italiens se réunirent dans la nécropole de Douaumont, face à l’ossuaire et prononcèrent un "serment" de la paix, ainsi conçu :

 

"Parce que ceux qui reposent ici et ailleurs ne sont entrés dans la paix des morts que pour fonder la paix des vivants…

Et parce qu’il nous serait sacrilège d’admettre désormais ce que les morts ont détesté

La paix, que nous devons à leur sacrifice, nous jurons de la sauvegarder et de la vouloir."

 

Ce fut le premier pas vers une réconciliation définitive, mais il n’eut pas d’effet notable sur le moment, puisque les Allemands voulurent la revanche avant que ne se fasse la paix. Mais l’"intermède" de la Seconde Guerre mondiale passé, Verdun put en fin de compte ressurgir comme lieu emblématique de la réconciliation, et confirmer la fonction de symbole de la paix que la ville avait prise dans les années vingt et trente.

 

Aujourd’hui, dans la conscience européenne, "Verdun" est toujours l’emblème d’une guerre si "absolue" qu’elle a en fin de compte écrasé toute velléité guerrière.

 

QUELLE EST LA PLACE DE VERDUN DANS LA MÉMOIRE ALLEMANDE ?

 

Gerd Krumeich : De nos jours, les Allemands ont très peu conscience du fait que Verdun les concerne comme partie intégrante de leur histoire. Pour la majorité de nos contemporains, c’est une bataille aussi lointaine que Sedan ou Leipzig. Cela découle du fait que la Grande Guerre, dans son ensemble, ne tient nullement ici la place majeure qu’elle occupe dans la mémoire des Français et des Anglais. Le souvenir de la Grande Guerre a été pour ainsi dire "avalé" par celui d’une guerre encore plus grande, celle de 1939 à 1945, où l’Allemagne fut dévastée et où sa responsabilité foudroyante continue à nous préoccuper prioritairement jusqu’à aujourd’hui. Si Verdun est bien présente dans la mémoire allemande, c’est sous un mode d’histoire de guerre et non d’histoire nationale. Il n’existe plus de communautés de deuil. On ne fait pas personnellement la différence, si son grand père ou arrière-grand-père est tombé à Verdun ou sur la Somme ou sur le front est. Tout cela c’est si loin...

 

Et ceci d’autant plus, évidemment, que Verdun ne fut pas seulement une bataille perdue, mais qu’elle est aussi entachée d’un souvenir profond d’absurdité complète.

 

C’est l’effet du soi-disant "Mémoire de Noël" du chef d’état-major Erich von Falkenhayn, qui a prétendu ne pas avoir voulu prendre la place de Verdun, mais y avoir trouvé un lieu propice pour "saigner à blanc" les Français. Or on a établi que ce Mémoire est sans doute un faux, produit après-guerre pour expliquer l’échec. Il n’empêche que les Feldgrau de Verdun, puis l’ensemble du public, furent profondément choqués en 1920, en découvrant cette version de la bataille : les Allemands savaient très bien que leur armée avait été "saignée" devant Verdun aussi fortement que celle de leur ennemi. Bataille inutile donc, et le soi-disant plan de Falkenhayn fut ressenti comme une sorte de coup de poignard dans le dos des soldats : ils s’étaient sacrifiés devant Verdun pour y entrer et par cette victoire, faire finir une guerre dont personne ne voulait plus, et voilà qu’on leur disait qu’il s’était agi seulement de saigner les Français. C’est pour ça qu’on les avait eux-mêmes saignés ! Un sacrifice inutile donc, ce qui fit perdre tout "sacré" au souvenir de Verdun.

 

QUELLE EST LA SINGULARITÉ DE CETTE BATAILLE ?

 

Gerd Krumeich : Il y a plusieurs singularités de la bataille de Verdun. C’est la raison pour laquelle elle est restée une des très grandes batailles non seulement de la Grande Guerre mais de l’Histoire mondiale.

 

C’est d’abord le fait de la pérennité. Car le terrain de cette bataille, relativement circonscrit (entre 30 et 40 km2), est resté, cent ans après, un territoire bouleversé par la guerre. Un paysage où les trous d’obus - un peu nivelés - donnent toujours au lieu un caractère de pays de dunes, où la végétation a enfin gagné, mais difficilement. De manière qu’on imagine toujours facilement ce que cela fut à l’époque. Il y a d’autre part, les énormes forts, autant de lieux et de noms qui recréent l’horreur de l’époque : le fort de Douaumont, celui de Vaux, le tunnel de Tavannes, Le Mort-Homme etc. Et il y a, dominant le site, l’ossuaire de Douaumont, cet impressionnant bâtiment, où l’on peut apercevoir, difficilement à travers de petites fenêtres de cave, l’énormité des os qui y sont conservés. Environ 135000 soldats, dont personne ne connait le nom, français et allemands. "Tout cela" était disséminé sur les champs de bataille et enfoui dans la terre, puis recueilli dans les années vingt et plus tard, Tout cela rend palpable pour chacun et à tout jamais le carnage de Verdun, ce formidable - voire indicible - carnage de 10 mois. Un combat rapproché, un vrai "corps à corps" archaïque, qui avait la particularité de se faire accompagner par un pilonnage d’obus de tous calibres à grand renfort de gros canons placés à une dizaine de km de distance. Cette forme de combat fut unique ; c’est comme une transition vers la guerre vraiment industrialisée qui, plus tard, apporta la mort à distance à travers un champ de bataille "vide", comme dans la Somme et les Flandres. Mais Verdun reste unique : il n’y a pas d’autre bataille qui ait combiné ainsi la guerre archaïque où l’on s’étranglait littéralement et la mort industrielle venue de très loin.

 

Commémorer "Verdun", c’est donc commémorer la Grande Guerre dans son ensemble, sur un site où règne toujours la mort, dont le paysage est dominé par des cimetières militaires où reposent - outre ceux de l’ossuaire - près de deux cent mille jeunes français et allemands. Français et Allemands - puisque la bataille opposa ces seuls belligérants, ce qui est aussi un cas unique pendant toute la Grande Guerre. Commémorer la bataille de Verdun s’impose donc à plusieurs niveaux et pour plusieurs raisons : Verdun est le symbole de la guerre sous toutes ses formes et ses dévastations. Verdun est aussi un lieu indépassable de la conflagration centenaire entre la France et l’Allemagne, une conflagration si absolue qu’elle ne pouvait conduire qu’à une paix définitive entre ces deux nations. Paix et entente symbolisées parfaitement par la main dans la main de François Mitterrand et de Helmut Kohl, le 22 septembre 1984. Une entente qui est à la base d’une Europe pacifiée dans laquelle plus personne ne pense à une guerre de conquête.

Antoine Prost - Professeur émérite d’histoire contemporaine à l’université Paris 1-Panthéon-Sorbonne/Gerd Krumeich - Professeur émérite à l’université Heinrich-Heine de Düsseldorf et professeur associé à l’Institut d’histoire du temps présent

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En résumé

Date : 10 – 31 août 1944

Lieu : Paris

Issue : Libération de Paris

Forces en présence :

5e corps d'armée américain du général Gerow

2e division blindée du général Leclerc

Forces françaises de l'intérieur (FFI)

Garnison allemande du général von Choltitz

Le président du Conseil Georges Clemenceau au Mort-Homme lors d’une visite au champ de bataille, septembre 1917.

Le président du Conseil Georges Clemenceau au Mort-Homme lors d’une visite au champ de bataille, septembre 1917.

© ECPAD 1917 / Albert Samama- Chikli
Cérémonie à l’ossuaire de Douaumont en construction, 1927.

Cérémonie à l’ossuaire de Douaumont en construction, 1927.

© Suddeutsche Zeitung / Rue des Archives
La dépouille du soldat inconnu quitte Verdun pour les cérémonies du 11 novembre 1920 à Paris.

La dépouille du soldat inconnu quitte Verdun pour les cérémonies du 11 novembre 1920 à Paris.

© Neurdein / Roger-Viollet
Cérémonie à l’ossuaire de Douaumont lors de l’arrivée des cercueils de 52 soldats non identifiés, 1927.

Cérémonie à l’ossuaire de Douaumont lors de l’arrivée des cercueils de 52 soldats non identifiés, 1927.

© Albert Harlingue / Roger-Viollet
50e anniversaire de la bataille de Verdun : le général de Gaulle et Pierre Messmer, ministre de la défense, à l’ossuaire de Douaumont, 29 mai 1966.

50e anniversaire de la bataille de Verdun : le général de Gaulle et Pierre Messmer, ministre de la défense, à l’ossuaire de Douaumont, 29 mai 1966.

© Rue des Archives / AGIP
François Mitterrand et Helmut Kohl à l’ossuaire de Douaumont, 22 septembre 1984.

François Mitterrand et Helmut Kohl à l’ossuaire de Douaumont, 22 septembre 1984.

© Picture Alliance / Rue des Archives

Chronologie

Février 1916

21 février : offensive allemande sur Verdun.

25 février : prise du fort de Douaumont par les Allemands.

26 février : Pétain commandant de la région fortifiée de Verdun ; prise de la côte du Poivre.

Mars 1916

2 mars : de Gaulle prisonnier des Allemands près de Douaumont.

4 mars : prise du village de Douaumont par les Allemands.

5 mars : bombardement allemand sur la rive gauche de la Meuse.

6 mars : attaque allemande sur la rive gauche de la Meuse.

7 mars : progression allemande.

14 mars : Joffre en visite sur le front.

16 mars : attaques concentrées allemandes autour du fort de Vaux.

20 mars : prise du bois d’Avocourt-Malancourt par les Allemands.

22 mars : prise du  mamelon d’Haucourt par les Allemands.

28 mars : prise de commandement du général von Gallwitz.

31 mars : prise de Vaux par les Allemands.

Avril 1916

5 avril : prise d’Haucourt par les Allemands.

10 avril : ordre du jour de Pétain : "On les aura".

18 avril : création en Lorraine de l'escadrille La Fayette composée de pilotes américains.

23 avril : semaine de combats sur la rive gauche de la Meuse pour le contrôle de la cote 295 et du Mort-Homme.

Mai 1916

1er mai : Pétain nommé commandant du groupe armé du Centre, transmission du commandement de la IIe armée à Nivelle.

23 mai : échec français au fort de Douaumont.

24 mai : prise de Cumières par les Allemands.

Juin 1916

1er juin : assaut de Fleury par les Allemands.

7 juin : prise du fort de Vaux par les Allemands.

12 juin : des soldats français ensevelis dans leur tranchée (La tranchée des baïonnettes).

23 juin : échec de l'attaque allemande contre le fort de Souville.

Juillet 1916

1er juillet : offensive franco-britannique dans la Somme.

11 juillet : offensive allemande sur le fort de Souville.

Août 1916

4 août : reprise du fort de Souville par les Français.

Septembre 1916

2 septembre : fin de l'offensive allemande.

Octobre 1916

24 octobre : contre-offensives françaises.

28 octobre : bombardement du fort de Vaux par les troupes françaises.

Novembre 1916

2-3 novembre : reprise du fort de Vaux par les Français.

15 novembre : dernière contre-offensive française.

Décembre 1916

18 décembre : fin de la bataille de Verdun.

Cartes

La bataille de Verdun
La bataille de Verdun - © Ministère de la défense/SGA/DMPA/Joëlle Rosello
La
La "voie sacrée" de Bar-le-Duc à Verdun - © Ministère de la défense/SGA/DMPA/Joëlle Rosello
La bataille de Verdun La

Galeries photos

La nécropole nationale et l'ossuaire de Douaumont
La nécropole nationale et l'ossuaire de Douaumont - © ONACVG
La chapelle du village détruit de Douaumont
La chapelle du village détruit de Douaumont - © Jean-Pierre le Padellec
Le fort de Vaux
Le fort de Vaux - © ECPAD
PC du Colonel Driant.
PC du Colonel Driant. - © Jean-Pierre le Padellec
Mémorial de Verdun
Mémorial de Verdun - © Jean-Marie Mangeot
La nécropole nationale et l'ossuaire de Douaumont La chapelle du village détruit de Douaumont Le fort de Vaux PC du Colonel Driant. Mémorial de Verdun

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