Les étrangers dans la Résistance

Durant la Seconde Guerre mondiale, la résistance au nazisme fut l’œuvre d’hommes et de femmes de toutes origines sociales mais aussi de toutes nationalités. La France est alors riche de 2,2 millions d’étrangers, venus pour des raisons politiques ou économiques. Les étrangers dans la Résistance française sont essentiellement des Allemands et Autrichiens antinazis, des républicains espagnols qui ont fui le franquisme, des Italiens antifascistes, des Polonais fuyant l'antisémitisme, des Arméniens, des Juifs d’Europe de l’Est et d’Allemagne. Parmi eux, beaucoup rejoignent la Résistance dès 1941, alors qu’ils font l’expérience de l’exclusion, de la répression, de la xénophobie. Ils entrent alors en résistance par rejet idéologique du nazisme et non en réaction à un Occupant. Mais cette lutte aux côtés de la France résistante est aussi une manière de se rallier, comme d’autres Français, à la cause de la liberté et de la justice et donc à la patrie d’adoption.
Le résistant italien Spartaco Fontano, FTP-MOI du groupe Manouchian, illustre ce réflexe patriotique de certains étrangers immigrés en France lorsqu’il répond en ces termes au président de la Cour martiale qui lui demande pourquoi il combattait aux côtés des résistants : « pour un ouvrier, la Patrie, c'est le pays dans lequel il a trouvé du travail ». Beaucoup d’autres embrassent la Résistance pour un motif plus stratégique. Pour eux, libérer la France est la première étape vers la libération de l’Europe et donc de leur pays natal. C’est notamment le cas des républicains espagnols. De nombreux combattants africains et maghrébins originaires des colonies, simples sujets de l'Empire français, entrent dans la France combattante, à l’image des 5 000 tirailleurs africains et malgaches, déserteurs ou évadés des camps de prisonniers.
Nombreux sont les communistes étrangers qui rejoignent la Résistance française. Le Parti communiste espagnol est par exemple à la base de la création de l'Union nationale des Espagnols, les combattants - les guérilleros - se regroupant dans les maquis du sud du Massif central et du Sud-Ouest (en juin 1944, le XIVe corps guérillero comprenait près de 4 000 hommes et couvrait 31 départements). L'autre grande composante fut la Main-d'œuvre immigrée (MOI), mise en place par les organisations communistes dans les années 1920. La FTP-MOI sera – jusqu'au printemps 1944 - l'instrument le plus efficace de la résistance armée urbaine du PCF clandestin. Quant aux juifs étrangers, traqués par l'Occupant et les polices spécialisées de Vichy, résister était un moyen de survivre.
Au total, les étrangers résistants s'engagent dans toutes les formes possibles que peut prendre la Résistance française : intégration aux Forces françaises libres, presse clandestine, sabotage, lutte armée, renseignement, etc. Les étrangers sont aussi parmi les premiers à se lancer dans la lutte armée contre l’Occupant aux côtés des résistants français au sein des Mouvements ou bien au sein d’organisations qui leur sont propres. A cet égard, les sections "nationales" de la MOI (FTP-MOI) ont joué un rôle décisif et emblématique ; en témoignent en 1943 l’arrestation de Missak Manouchian et de son groupe, et la célèbre « affiche rouge » placardée par les Allemands au lendemain de leur exécution en février 1944 qui visait à exacerber la xénophobie des Français. Nombreux sont aussi, dans le Sud-Ouest, les républicains espagnols engagés dans la Résistance.
 

  • Défilé de guerilleros espagnols portant un drapeau républicain, lors de la libération d’Auch (Gers), août 1944. Copyright Collection particulière

  • La brochure allemande L’armée du crime stigmatise les résistants d’origine étrangère en France, espagnols, italiens, arméniens... Copyright Mémorial Leclerc de la Ville de Paris

  • Des Russes de la Wehrmacht ont rejoint les rangs de la résistance, 1944. Copyright Collection particulière

  • Pour le gouvernement de Vichy, les résistants sont des étrangers à la solde de l’URSS et de Staline. Copyright MRN

Résistances en Europe

Plus de 70 ans après la Seconde Guerre mondiale, la Résistance continue d'être une source inépuisable de questionnements pour les spécialistes. Elle s'étudie et se comprend souvent à l'aune des histoires régionales et nationales. Depuis quelques années, un changement d'échelle s'opère pour tenter de mettre en lumière une histoire des résistances en Europe.

Carte de l’Europe
Carte de l’Europe "La lutte contre le Reich" - © Carte publiée dans L’Histoire n°431, janvier 2017/légendes cartographie

Les victoires remportées sur tous les fronts entre 1939 et 1941 ont permis à l’Allemagne nazie d’imposer sa domination sur l’ensemble du continent européen. Les occupations qui en ont découlé ont déclenché partout un phénomène de résistance mélangeant des motivations patriotiques (libérer un pays occupé) et d’autres plus idéologiques (lutter contre le nazisme, rétablir la démocratie ou profiter de la défaite pour instaurer le communisme).

 

Ces résistances européennes varièrent considérablement selon le type d’occupation mis en place par le vainqueur, la situation politique antérieure des pays concernés et les relations tissées avec les Alliés. Il ne sera pas question ici de la résistance allemande au nazisme, qui ne s’inscrit pas dans un contexte d’occupation et répond donc à des logiques différentes.

 

Des résistances plus ou moins spontanées

 

Dans les pays occupés, la Résistance naît plus ou moins spontanément selon le type d’occupation imposé par le Reich. Lorsque l’occupation allemande s’accompagne d’une liquidation totale de l’État national et crée un vide politique, la Résistance a pu se développer de façon quasi immédiate. En Pologne, le projet colonisateur et ethnocidaire nazi transparaît dès la campagne militaire de septembre 1939 et un gouvernement clandestin fut constitué avant même la capitulation de Varsovie. Dans la Tchécoslovaquie démembrée par le Reich, la résistance non-communiste s'unit dès le printemps 1940 pour former une Direction centrale de la Résistance. En Grèce ou en Yougoslavie, la dureté des régimes d’occupation mis en place au printemps 1941 explique également la constitution immédiate de groupements de résistance qui cherchent à poursuivre le combat malgré la défaite des armées régulières. Pour de nombreux pays occupés, le fait que le gouvernement légitime soit parti en exil à Londres pour y poursuivre le combat facilite la naissance d’une résistance intérieure, lui conférant une forte légitimité. C’est le cas pour les gouvernements de la Belgique, du Luxembourg et des Pays-Bas qui deviennent dès la défaite de leur pays des pôles de référence hors du territoire national.

 

Deux pays connaissent une situation plus particulière du fait d’un système d’occupation différent. La France n’est pas totalement occupée. Si une administration militaire allemande se met en place en zone occupée, la zone Sud est contrôlée par le gouvernement français qui s’installe à Vichy et incarne une forme de continuité de l’État, bien que la rupture soit totale avec le régime républicain. La personnalité de Pétain rassure la population. Face au "vainqueur de Verdun", de Gaulle, qui s’est exilé à Londres et appelle dès le 18 juin les Français à refuser la défaite, ne pèse pas grand-chose. Les débuts de la France libre sont difficiles et les ralliements restent rares au cours de l’été et de l’automne 1940. Dans ce contexte, et contrairement à ce qui se passe dans d’autres pays occupés, résister ne va nullement de soi en France en 1940. Cela suppose d’enfreindre les consignes données, de rompre avec un État qui se maintient, de désobéir au maréchal Pétain, dont le prestige est immense. Si des petits gestes isolés se développent dès les lendemains de la défaite, ceux qui "cherchent à faire quelque chose" doivent à la fois penser et inventer une résistance qui n’existe pas.

 

Il faut attendre la fin 1940 et le début de 1941 pour voir apparaître en France les premières formes de résistance organisées. Mais pour certaines catégories, notamment celles qui avaient prêté serment à Pétain (militaires, fonctionnaires), un basculement dans la dissidence ne sera possible qu’après novembre 1942, lorsque l’occupation totale du territoire lève les dernières illusions sur Vichy. Au sein de l’Europe allemande, seul le Danemark présente une situation comparable à la France puisque les Allemands y maintiennent les institutions (le roi, le gouvernement et même l’armée). Comme en France, ceux qui veulent s’engager dans une logique de résistance doivent rompre avec le gouvernement de leur propre pays en prenant le risque d’apparaître comme des traîtres à leur patrie. Cette situation dure jusqu’à l’été 1943, avec l’instauration de l’état de siège par l’occupant.

 

Une résistance politique à l’occupation nazie

 

Contrairement à l’image qui s’imposera à la fin de la guerre, celle de résistants armés participant à la libération de leurs pays en lien avec les troupes alliées, la Résistance fut le plus souvent d’abord une action politique consistant à manifester par différentes formes d’actions un refus de l’ordre imposé par le vainqueur allemand. En Pologne, la plupart des partis politiques basculent dans la clandestinité et sont représentés au sein d’un Parlement clandestin, le Conseil de la Défense nationale, constitué en novembre 1939. Pour s’opposer aux projets de germanisation développés par le Reich, la Résistance polonaise adopte une dimension culturelle très forte, avec la mise en place de structures de scolarisation parallèle ainsi que l’essor d’une importante presse clandestine (1500 titres). Une société clandestine se développe dans tous les milieux, à l’université, dans les usines ainsi que dans les campagnes.

 

Pays ayant une longue tradition de lutte politique clandestine du fait des différentes occupations dont elle a été l’objet au cours de l’histoire, la Pologne représente toutefois un cas à part. Dans la plupart des pays occupés, les structures politiques traditionnelles s’effondrent sous le coup de la défaite et ne se reconstituent pas immédiatement dans la clandestinité pour incarner la Résistance. Il faut donc penser et inventer la Résistance à partir de structures inexistantes. Seuls les partis communistes mènent dès 1940 un combat clandestin, qui répond toutefois à une logique spécifique jusqu’au printemps 1941 du fait du pacte de neutralité qui lie l’URSS et l’Allemagne. Si les communistes continuent au cours de cette période dans tous les pays d’Europe de diffuser leur presse clandestine et essayent de mobiliser les masses à travers différents types de manifestations et de grèves, il s’agit d’abord de dénoncer une "guerre impérialiste" dont les premières victimes seraient les classes ouvrières plutôt que de jeter les bases d’une résistance contre le Reich.

 

Le déclenchement de l’opération Barbarossa, en juin 1941, met un terme à cette stratégie, permettant aux communistes européens de renouer avec l’antifascisme qui les avait caractérisés avant la guerre et de basculer dans une lutte frontale contre l’Allemagne nazie.

 

Du fait du vide laissé par l’effondrement des structures classiques (partis politiques, syndicats) qui auraient pu servir d’organisation pour résister, des petits groupes de résistants se forment à partir de réseaux professionnels, religieux, amicaux ou familiaux. Ils cherchent à développer des actions de contre-propagande et d’information à l’égard de l’opinion afin de ne pas laisser le champ libre au seul discours officiel tenu par les Allemands et leurs auxiliaires. Les formes d’action consistent à rédiger des tracts ou, quand les moyens commencent à devenir plus importants, des journaux clandestins. Parce qu’elle nécessite des équipes chargées de sa rédaction ainsi que des relais pour en assurer la diffusion, la création d’un journal entraîne souvent le développement d’un "mouvement", qui devient la principale forme d’organisation résistante dans les pays d’Europe du nord et de l’ouest. En Belgique, où les souvenirs de l’occupation de 1914-1918 étaient restés vivaces, les premiers journaux clandestins reprennent les titres de leurs aînés, à l’image de La Libre Belgique. Aux Pays-Bas, l’une des toutes premières victimes de la répression allemande est un tapissier d’Utrecht qui avait dès le mois de mai 1940 confectionné et diffusé des tracts. En 1941, le nombre de publications clandestines dans ce pays atteint environ 120 titres, avec un tirage global de plus de 50 000 exemplaires. En décembre 1943, le tirage de la presse clandestine hollandaise sera évalué à 450 000. La presse clandestine norvégienne compte plus de 300 journaux. Au Danemark, la propagande clandestine, qui s’intensifie à partir de 1943 lorsque le pays est mis en état de siège, est diffusée par 538 journaux clandestins – un record en Europe –, tirant à 11 millions d’exemplaires. En France, les premiers titres clandestins apparaissent à la toute fin 1940 et en 1941 en zone occupée (Résistance, Libération-Nord, Défense de la France) ou en zone Sud (Liberté, Libération Sud, Franc-Tireur). Tous les mouvements qui permettront à la Résistance française de se structurer mais aussi de s’unifier en 1943 dans le cadre des MUR (Mouvements unis de la Résistance) sont adossés à un journal le plus souvent homonyme.

 

Soutenir l’effort de guerre allié

 

Les résistances en Europe s’inscrivent à la fois dans un cadre national mais aussi dans le contexte d’une guerre mondiale. Résister signifie donc soutenir l’effort de guerre allié. Très vite, des liens se développent entre l’Angleterre, seul pays à continuer la lutte contre le Reich en 1940-1941, et les résistances nationales. Ces relations sont favorisées par la présence à Londres de gouvernements en exil ou d’une personnalité comme de Gaulle, qui cherche à incarner une France combattante alors que le gouvernement français a fait le choix de la collaboration. Les résistances nationales ne peuvent exister et se développer sans une aide extérieure. De leur côté, les Britanniques ont besoin de l’aide des résistants sur le continent dans la lutte qu’ils mènent contre le Reich. En juillet 1940, un service d’actions spéciales, le SOE (Special Operations Executive) est institué pour "mettre le feu à l’Europe" selon la formule de Churchill. Ses agents sont envoyés dans tous les pays occupés pour établir des contacts avec les résistances nationales. Parmi les coups d’éclats du SOE figure l’exécution d’Heydrich, le 27 mai 1942 à Prague, par deux agents tchécoslovaques parachutés dans leur pays d’origine après avoir été formés en Grande-Bretagne.

 

Les premiers "réseaux" qui apparaissent sur le continent européen répondent à cette nécessité d’aider la Grande-Bretagne. Des soldats britanniques qui n’avaient pu être rapatriés depuis Dunkerque se retrouvent piégés sur le sol français. Des aviateurs de la RAF, tombés alors qu’ils survolaient le nord de la France, la Belgique ou les Pays-Bas, s’ajoutent à ces soldats désireux de regagner l’Angleterre en utilisant des filières vers le sud de la France afin de rejoindre ensuite l’Espagne et Gibraltar. Avec l’aide des services secrets britanniques, des réseaux spécialisés dans l’aide aux soldats alliés se créent dès l’été 1940. Intervenant dans les zones du nord de l’Europe jusqu’au sud de la France, ils constituent la seule organisation résistante transnationale. L’un des plus importants est fondé par l’officier écossais Ian Garrow. Il met en place une chaîne d’évasion partant de la Belgique pour aboutir à Marseille et Perpignan. Quand Ian Garrow est arrêté en juillet 1941, un médecin belge, Albert Guérisse (Pat O’Leary) prend le relais. Jusqu’à la fin de la guerre, le réseau Pat O’Leary permet d’évacuer 600 aviateurs et soldats alliés. Un autre exemple de réseau transnational est le réseau Comète. Créé au printemps 1941 à Bruxelles, Comète a pris en charge près de 700 militaires alliés et est parvenu à en faire passer 288 en Espagne.

 

Des "réseaux" sont également spécialisés dans les actions de renseignements, afin de fournir à Londres des informations stratégiques permettant de connaître les intentions militaires des Allemands, les mouvements de troupes de la Wehrmacht, les infrastructures militaires construites dans les territoires occupés (aérodromes, bases navales et sous-marines). Certains de ces réseaux de renseignement travaillent directement pour les services secrets britanniques, comme Alliance en France. D’autres sont en lien avec les services secrets des gouvernements en exil à Londres. Des réseaux travaillent aussi pour les services de renseignements soviétiques, à l’image du célèbre Orchestre rouge, qui avait des ramifications dans toute l’Europe.

 

Résister par les armes

 

Dans les pays à l’est et au sud de l’Europe, la résistance à l’occupation se cristallise très tôt en lutte armée. En Pologne, une armée clandestine, l’AK, est mise en place dès l’automne 1939. En Yougoslavie, des noyaux de résistance se forment dès la capitulation de l’armée régulière à partir d’éléments de l’armée qui se réfugient dans les montagnes. Le général Mihaïlovic rejoint en avril 1941 la zone montagneuse serbe de Ravna Gora avec un groupe de soldats pour fonder le mouvement Tchetnik et mener des actions de guérilla contre les occupants allemands et italiens. Il doit toutefois faire face à l’émergence d’un autre "chef de guerre". Le communiste Josip Broz (Tito) lance à partir du 4 juillet une insurrection armée depuis les montagnes du Monténégro. En Grèce, les premiers groupes d’andartes (guérilleros) formés à partir d’éléments militaires réfugiés dans les montagnes apparaissent en Macédoine dès l’automne 1940 tandis que le Parti communiste grec (KKE) crée en septembre 1941 le Front national de libération (EAM), bientôt complété par une branche armée, l’ELAS, qui multiplie les attaques tout au long de l’année 1942 et contrôle des régions entières du pays.

 

Cette même identification entre lutte armée et résistance à l’occupant se retrouve dans les territoires de l’Union soviétique tombés sous contrôle allemand au cours des mois qui suivent le déclenchement de l’opération Barbarossa. Des unités entières de l’Armée rouge sont encerclées par la progression de la Wehrmacht vers Leningrad au nord, Moscou au centre, le Caucase au sud. Refusant la captivité, certaines de ces unités prises au piège donnent naissance aux bandes de partisans qui entre 1941 et 1944 mènent une guérilla intense à l’arrière des lignes allemandes et mobiliseront jusqu’à 500 000 combattants, notamment dans les territoires ukrainiens et biélorusses.

 

À l’ouest de l’Europe, rien de comparable à cette "guerre de partisans" n’existe avant la dernière année de la guerre. En France, le phénomène des maquis se développe à partir du printemps 1943, lorsque les réquisitions de main-d’œuvre en faveur de l’Allemagne entraînent la naissance de camps de réfractaires pris en charge par la Résistance pour devenir des unités combattantes. Mais en dépit de quelques tentatives destinées à constituer des "réduits" dans les Alpes ou le Massif Central, le phénomène reste limité au regard des expériences partisanes dans les Balkans, où des régions entières étaient aux mains des "bandes" qui menaient des actions de guérilla, tout en administrant les territoires sous leur contrôle.

 

Le phénomène français est sur ce plan plus proche du cas de l’Italie, où des maquis de partigiani se constituent dans le nord du pays en 1943-1944. Le renversement de Mussolini et la signature par le gouvernement Badoglio d’un armistice en septembre 1943 amènent les Allemands à prendre le contrôle des provinces septentrionales de la péninsule tout en rétablissant à Salo le Duce à la tête d’une République dite "sociale". Le pays plonge dans la guerre civile. Comme en France, les maquis de partisans italiens n’ont jamais remporté de victoires décisives face aux Allemands avant l’arrivée des Alliés, et les territoires qui étaient sous leur contrôle ne dépassaient pas la taille d’une vallée, d’un plateau ou d’un canton.

 

S’engager dans les combats de la Libération

 

Si l’évolution des résistances européennes répond à certains facteurs internes liés aux événements nationaux, elle s’inscrit également dans le contexte militaire mondial. L’automne 1942 et le début 1943 marquent un tournant pour tous les résistants d’Europe : les premières grandes défaites du Reich (El Alamein, Stalingrad) montrent que le cours de la guerre change en faveur des Alliés. Ce tournant permet aux résistants de commencer à se préparer pour les combats à venir, même si partout se renforce également la répression allemande. Lorsque s’annonce l’heure de la bataille finale, avec à l’ouest l’organisation de plusieurs débarquements sur le continent européen et à l’est l’offensive de l’Armée rouge vers l’Allemagne, les résistances nationales se mobilisent, déclenchant parfois de véritables insurrections. Pour coordonner les actions des résistants, des commandos alliés (équipes Jedburgh, SAS) sont parachutés sur les arrières des lignes ennemies, en France, Belgique ou Hollande. Les actions de guérilla se multiplient sur tout le sol européen afin de paralyser les transports allemands. Les partisans grecs et yougoslaves, et dans une moindre mesure les maquisards français et italiens passent à l’offensive. Des soulèvements urbains se produisent, comme à Varsovie ou Paris. Les résistances nationales n’auraient pu libérer à elles seules leur pays de l’occupation. Elles n’en ont pas moins accéléré ce processus de libération en apportant une aide considérable aux Alliés et en immobilisant par leurs actions des forces allemandes importantes.

 

Mais les conditions dans lesquelles s’opère cette libération sont également lourdes de conséquences. En Europe de l’Ouest, les résistants étaient parvenus à s’unifier, évitant les affres d’une guerre civile. La situation géostratégique et la libération par les Américains expliquent également que Moscou n’ait pas encouragé le Parti communiste français à rompre l’unité construite dans le combat contre l’occupant. En Europe de l’Est en revanche, "libérée" par l’Armée Rouge, les organisations nationalistes sont systématiquement éliminées afin de préparer la prise du pouvoir par les communistes. Lors du soulèvement de Varsovie en août 1944, Staline laisse les Allemands écraser l’insurrection, décapitant la résistance polonaise non communiste. Les membres du Parlement clandestin sont arrêtés et jugés à Moscou. Dans les Balkans, nationalistes et communistes, en désaccord total sur le type de régime à instaurer à la Libération, n’ont jamais pu s’unir dans la lutte contre l’occupant. Sitôt les Allemands partis, la Grèce et la Yougoslavie basculent dans une situation de guerre civile.

 

Ces contextes expliquent un héritage différent des résistances européennes après la guerre. Alors que dans les pays de l'Est, les communistes s’emparaient du pouvoir avec l’aide de Moscou, l’unité des résistants à l’ouest permettait de rétablir les institutions démocratiques et de développer un consensus autour de réformes favorisant l’instauration d’un État Providence pour offrir aux populations de nouvelles perspectives après des années d’oppression. Le fait d’avoir participé à une lutte commune à l’échelle du continent, même si cela ne s’était pas traduit par la mise en place d’institutions transnationales dans la clandestinité, renforça également chez de nombreux résistants des sentiments pro-européens à partir de 1945.

Fabrice Grenard - Fondation de la Résistance

Pour en savoir plus

Une histoire de la Résistance en Europe occidentale, Olivier Wieviorka, éditions Perrin, 2017.

Sans armes face à Hitler : 1939-1945, La Résistance civile en Europe, Jacques Semelin, éditions Payot et Rivages, 1989.

Articles de la revue

L'évènement

L'entretien

En résumé

DATE : 1939-1945

LIEU : Europe

OBJET : Résistances au IIIe Reich

Sabotage perpétré par l’armée intérieure pendant l’occupation allemande en Pologne, 1943-1944 : soldats allemands sur les lieux de l’explosion d’un train

Sabotage perpétré par l’armée intérieure pendant l’occupation allemande en Pologne, 1943-1944 : soldats allemands sur les lieux de l’explosion d’un train

© Muzeum Powstania Warszawskiego
Affiche anglaise de 1941 réunissant les chefs des nations alliées en exil à Londres

Affiche anglaise de 1941 réunissant les chefs des nations alliées en exil à Londres

© Mémorial de Caen
Résistance n°1, 15 décembre 1940 (1), Le Franc-Tireur, avril 1942 (2) et Libération, 14 juillet 1942 (3). La Libre Belgique, 1er mai 1942 (4). Vry Nederland n°1, 31 août 1940 (5)

Résistance n°1, 15 décembre 1940 (1), Le Franc-Tireur, avril 1942 (2) et Libération, 14 juillet 1942 (3). La Libre Belgique, 1er mai 1942 (4). Vry Nederland n°1, 31 août 1940 (5)

© MRN Champigny-sur-Marne (1, 2 et 3) - Musée de la Résistance de Belgique (4) - Rijksinstitut Voor Oorlogsdocumentatie (5)
Josef Gabcik, un des participants à l’attentat contre Heydrich, le 27 mai 1942 à Prague

Josef Gabcik, un des participants à l’attentat contre Heydrich, le 27 mai 1942 à Prague

© Institut militaire de Prague
Entraînement d’agents du SOE en Grande-Bretagne, 1941

Entraînement d’agents du SOE en Grande-Bretagne, 1941

© Akg-Images
Les insurgés du bataillon

Les insurgés du bataillon "Kilinski" transportent un conteneur, rempli d’armes, vers la caserne de la rue Górskiego pendant l’insurrection de Varsovie

© Muzeum Powstania Warszawskiego

Cartes

Le découpage de la France après l'armistice du 22 juin 1940
Le découpage de la France après l'armistice du 22 juin 1940 - © MINARM/SGA/DPMA/Joëlle Rosello
Les maquis en France
Les maquis en France - © MINARM/SGA/DPMA/Joëlle Rosello
Le découpage de la France après l'armistice du 22 juin 1940 Les maquis en France

Galeries photos

Musées et mémoriaux en Europe
Musées et mémoriaux en Europe - © Pôle graphique de Tulle
Musées et mémoriaux en Europe
Musées et mémoriaux en Europe - © Pôle graphique de Tulle
Musées et mémoriaux en Europe Musées et mémoriaux en Europe

La Résistance aux Pays-Bas

Le musée de la Résistance (Verzetsmuseum) à Amsterdam est une fenêtre ouverte sur l'histoire de l'occupation allemande et du régime nazi aux Pays-Bas. Depuis 2013, la Résistance néerlandaise est expliquée aux plus jeunes grâce à l'ouverture d'un musée Junior dédié aux enfants à partir de 9 ans.

Salle d’exposition du musée de la Résistance néerlandaise Junior
Salle d’exposition du musée de la Résistance néerlandaise Junior - © photo Merijn Soerters/Dutch Resistance Museum Junior

Créé en 1984 par d’anciens résistants, le musée de la Résistance néerlandaise ouvre ses portes l’année suivante puis s’installe en 1999 dans la partie est du centre-ville d’Amsterdam. À partir de cette date, la fréquentation du musée progresse régulièrement avec 106 000 visiteurs en 2018, dont 23 000 écoliers et plus de 60 000 visiteurs étrangers. Le musée propose des visites gratuites avec audio-guides, en sept langues, dont le français. La plupart des touristes qui le visitent soulignent la qualité muséographique du site, qui incite à la réflexion.

 

Pour comprendre la résistance néerlandaise, il convient de rappeler que les Pays-Bas étaient neutres pendant la Première Guerre mondiale. Parmi la population, aucune personne n’avait connu la guerre ni même les générations précédentes, parents ou grands-parents. Lorsque les Allemands envahissent le pays en 1940, la population est sous le choc. Après cinq jours de combats, l’armée néerlandaise est écrasée, la reine et le gouvernement partent en exil en Angleterre. Dès lors, les nazis vont établir un régime d’occupation sévère. Dans un premier temps, l’occupant se comporte correctement envers la population afin de rallier le mouvement national-socialiste (NSB) aux Pays-Bas dans le cadre de la "Fraternité allemande". C’est dans ce contexte que naît la Résistance qui va prendre progressivement de l’ampleur.

 

L’exposition permanente du musée retrace ainsi l’évolution de la Résistance pendant toutes ces années, en mettant l’accent sur les dilemmes auxquels la population est confrontée. "Faut-il s'adapter ou coopérer ? Ou au contraire, lutter, boycotter ? Dénoncer ? Apporter son aide ?", lorsque l'emprise sur la société devient trop forte. Tous ces questionnements sont intégrés dans une scénographie où alternent portraits et itinéraires personnels selon les options choisies. En 2005, une autre exposition, consacrée aux expériences vécues par la population dans les anciennes colonies néerlandaises, notamment dans les Indes orientales néerlandaises (aujourd’hui l’Indonésie) occupées alors par le Japon, vient enrichir le parcours muséographique, avec des portraits de combattants de la Résistance.

 

En octobre 2013, l’extension du musée permet la présentation d’une nouvelle exposition permanente, dédiée aux enfants à partir de neuf ans : le musée de la Résistance néerlandaise Junior, qui a reçu de nombreux prix. Il retrace la véritable histoire d’Eva, une fillette juive, de Jan dont les parents étaient résistants, de Nelly dont les parents appartenaient au NSB, et de Henk dont la famille a subi les événements et s’est adaptée aux circonstances de la guerre.

 

En pénétrant dans un ascenseur désuet, qui s’avère être une machine à remonter le temps, le visiteur est projeté dans les Pays-Bas des années quarante. À la sortie, il arrive sur une place publique, bordée d’une boutique, d’une école et de quatre maisons, dont chacune met l’accent, à travers une courte animation, sur l’un des quatre personnages. Chacun d’eux parle, avec une voix d’enfant, à la première personne, ce qui permet aux jeunes de mieux s’identifier à eux. Le jeune public est ensuite invité à pénétrer dans les maisons où il découvre d’autres éléments de l’histoire à partir d’archives audio ou en manipulant divers objets – tiroirs, œilletons – intégrés dans un dispositif interactif. Des jeux sont proposés à chaque scénario. À la fin du parcours, Eva, Jan, Nelly et Henk sont des personnes âgées, telles qu’elles sont aujourd’hui. Sur un écran interactif, elles racontent de quelle manière la guerre joue encore un rôle important dans leur vie et expliquent ce que les enfants d’aujourd’hui peuvent apprendre de leur expérience de la guerre.

Liesbeth Van der Horst - Directrice Verzetsmuseum

Pour en savoir plus

www.verzetsmuseum.org

Ouvert tous les jours, en semaine de 10.00 à 17.00 h et le week-end de 11.00 à 17.00 h

Articles de la revue

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L'évènement

L'entretien

Rémi Praud

Rémi Praud est directeur de la Fondation "Liberation Route Europe" qui propose un itinéraire à travers l’Europe, sur les pas des soldats alliés. En cette année du 75e anniversaire de la Libération, les partenaires européens se préparent pour accueillir des visiteurs en nombre.

Rémi Praud
Rémi Praud - © DR

Comment est née la Fondation "Liberation Route Europe" ?

 

En premier lieu, la Fondation "Liberation Route Europe" est un organisme néerlandais. Elle a été créée en 2011, après trois années d’échanges et de contributions avec les musées et les autorités locales de la partie est du pays, autour de Nimègue et Arnhem.

 

L’idée de départ était d’un côté l’implantation d’audiospots (des bornes interactives permettant aux visiteurs de découvrir les événements qui se sont déroulés lors de la libération de 1944-1945) et de l’autre la mise en place d’une stratégie commune d’un point de vue du tourisme de mémoire. Cette idée a rapidement porté ses fruits et d’autres régions néerlandaises y ont adhéré. Aujourd’hui, la Fondation est présente dans neuf pays européens (dont la France) et à l’échelle internationale, notamment en Amérique du Nord.

 

Peut-on parler aujourd’hui d’un tourisme de mémoire européen ?

 

Nous pensons que oui. Au sein de notre réseau, nous avons constaté un intérêt croissant pour cette thématique, en corrélation avec une fréquentation des sites en hausse constante. C’est évidemment le cas pour une région comme la Normandie, mais cela se confirme également dans des régions où cette thématique est moins ancrée touristiquement. Ces régions ont réalisé que l'héritage de la guerre revêt d’abord une responsabilité morale mais qu’il peut être aussi un atout unique pour le tourisme.

 

Aujourd’hui, de nombreux tour-opérateurs et guides ne se limitent pas à la visite d’un seul pays mais proposent des expériences véritablement transnationales, dans les pas des troupes alliées occidentales traversant l’Europe. Cela ouvre des horizons aux visiteurs et leur permet de se confronter la manière dont la guerre est abordée dans des pays très différents, avec une histoire et des mémoires nationales souvent peu comparables. C’est un enrichissement considérable.

 

Comment s’opère la mise en réseau de lieux de mémoire si différents ?

 

Par une approche à la fois ouverte et inclusive. Le réseau "Liberation Route Europe" démontre comment la Seconde Guerre mondiale est intégrée dans l'histoire particulière d’un pays, et cherche à apporter une réponse internationale en analysant cet héritage complexe selon différentes perspectives.

 

Chaque pays a sa propre manière d’aborder ce sujet sensible et il ne s’agit pas de les mettre en concurrence ni de les opposer, mais plutôt de les mettre en valeur les unes par rapport aux autres.

 

Nous souhaitons également faire le lien entre le passé et le présent, en soulignant l'importance de la réconciliation entre les pays mais aussi la fragilité de la paix. On se rend bien compte que les pays européens ont une histoire partagée. En définitive, les lieux de mémoire en Europe ne sont pas si différents. Ils ont tous pour objectif de transmettre l’histoire et la mémoire, même si la forme peut différer.

 

Quel est l’enjeu spécifique de ce 75e anniversaire du débarquement de Normandie ?

 

Pour la Normandie, comme pour d’autres régions européennes, l’enjeu est d’anticiper et de gérer la fin progressive de la présence des anciens combattants et des témoins directs. C’est une donnée importante à prendre en compte pour tous ceux qui travaillent sur ce sujet, notamment en réfléchissant à la question de la transmission, au passage de la mémoire vivante à l’histoire, en impliquant fortement la jeunesse.

 

Il convient à ce sujet de renouveler le discours. Il ne s’agit plus seulement de commémorer des événements mais de les inscrire dans le présent et le futur. Que cela nous enseigne-t-il d’un point de vue de la paix ou de la liberté ? Le Forum Normandie pour la Paix est un très bon exemple de cette évolution.

La rédaction

Pour en savoir plus

https://liberationroute.fr/

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75e anniversaire du débarquement en Normandie

Chaque année depuis 1944, la Normandie se souvient de ces soldats alliés qui ont débarqué sur les plages normandes pour engager la libération de la France et de l’Europe. Le 6 juin 2019, 75e anniversaire du débarquement, revêt un caractère symbolique particulier.

La Flamme sur la plage de Ouistreham
La Flamme sur la plage de Ouistreham - © photo Julia Quellien

Bien que quinquennal, ce 75e anniversaire s'inscrit bien sûr dans la continuité des grands exercices précédents : 1984, 1994, 2004 et 2014 qui ont vu une participation exceptionnelle de chefs d'État et de gouvernement et une multiplication des cérémonies internationales, binationales et nationales confirmant ainsi que ce 6 juin reste bien en Normandie le jour le plus long !

 

Un dernier hommage aux vétérans

 

Mais l'exercice 2019 revêt également une autre dimension car, implacablement, le temps fait son œuvre et il est inévitablement - en raison de l'âge des acteurs de cette épopée - le dernier grand rassemblement des vétérans des nations participantes, de cette "mémoire de chair" que le monde entier vient rituellement saluer et honorer tous les cinq ou dix ans, à grands renforts de scénographies et de médiatisation.

 

À cet égard, c'est un moment inoubliable d’émotion, de partage, d’hommage et de transmission. Comme pour les précédents anniversaires décennaux et compte tenu de la particularité de cet exercice 2019, le nombre de manifestations et le niveau de représentation des différents États sont élevés. Mais quoi qu'il en soit des présences officielles, ce sont bien les vétérans qui seront au centre des cérémonies et de toutes les attentions ; ils seront à cet égard les véritables "VIP" de ce 6 Juin si particulier. Les plus jeunes d'entre eux ont 95 ans et certains États ou associations de vétérans annoncent même la présence de personnes déjà centenaires. C'est pourquoi l'aspect sanitaire des cérémonies fut suivi avec une particulière vigilance des services publics et des organisateurs et que les déplacements sont forcément contraints afin d'éviter une trop grande fatigue aux participants âgés. Les organisateurs des manifestations doivent donc tenir compte de cet impératif et ne pas soumettre les vétérans à un parcours commémoratif trop ambitieux.

 

Les commémorations du 6 juin 2019 sont inspirées par une forme de sobriété et une véritable communion autour des derniers représentants de cette "Grande Génération" comme l'appellent si justement les Américains.

 

Une saison commémorative grand public

 

Sur un autre aspect, les projets de la société civile sont eux aussi nombreux et peut-être plus espacés dans le temps que pour les exercices précédents : ils couvrent ainsi la période allant du 12 avril au 25 août 2019 ; il est intéressant de noter que certains d'entre eux débordent largement du strict cadre commémoratif traditionnel et prennent place dans des domaines moins attendus mais qui permettent ainsi d'agréger des publics très divers à l'hommage rendu : musique - cinéma - sport - culture de la paix – meetings aériens - parachutages massifs - feux d'artifices simultanés sur la côte de débarquement - radios éphémères - salons du livre historique – expositions diverses, dont une majeure consacrée à "Rockwell, Roosevelt et les quatre Libertés" ; les exemples ne manquent pas et promettent une édition originale et destinée à l'ensemble de la population. Ces projets pourront faire l'objet d'une labellisation et pourront être mis en lumière au niveau national, notamment à travers un espace dédié sur les sites Internet du ministère des armées.

 

Enfin, face aux nombreux défis que représentent l'après 75e anniversaire et le devenir de ces commémorations sans le supplément d'âme qu'apporte la participation des vétérans, la Normandie ne reste pas inactive et imagine les moyens d'assurer, à l'avenir, la transmission de leur mémoire auprès d'un public toujours avide de s'approprier cette histoire et de jeunes générations en quête de valeurs, d'exemples et de sens. En effet, l'esprit et les valeurs portées par les combattants de l'opération "Overlord" doivent continuer à nous interpeller. La "mémoire de pierre" que constitue l'espace historique de la bataille de Normandie nous offre à cet égard de formidables outils afin de poursuivre cet idéal au-delà des survivants.

 

"Une terre sacrée" à préserver

 

Dans l'esprit des vétérans qui sont revenus très régulièrement effectuer leur pèlerinage du souvenir, cette terre normande revêt en elle-même un caractère sacré. Elle est sacrée en raison notamment de l'existence des 28 cimetières militaires qui jalonnent l'ensemble de cet espace historique ; les nécropoles constituent indubitablement l'un des meilleurs atouts pour lutter contre l'oubli et l'indifférence, et les près de 110 000 soldats qui y reposent continuent à nous interroger. C'est en effet dans ces lieux de mémoire si particuliers que l'incommensurable traumatisme a trouvé une forme d'expression qui tend à l'éternité et qui s'adresse aux vivants. Le temps s'y est arrêté et ceux qui y reposent depuis près de 75 ans ont et auront toujours vingt ans.

 

Les plages du Débarquement formées des cinq secteurs de Utah à Sword, auxquels il convient d'ajouter le site exceptionnel de la Pointe du Hoc, constituent également un atout majeur de transmission car, en dehors de leur aspect mémoriel rappelé par de nombreux monuments commémoratifs, elles sont porteuses d'une résonance et d'une valeur universelle exceptionnelle. Au fil des ans et des grandes commémorations, ces plages du Débarquement sont véritablement devenues les Plages de la Liberté et de la Paix. C'est d'ailleurs le sens de la candidature des Plages du Débarquement à l'inscription au patrimoine mondial de l'UNESCO, déposée par le Gouvernement français en janvier 2018.

 

Enfin, les nombreux musées de l'espace mémoriel de la bataille de Normandie (ils sont au nombre de 33) ont la volonté de former désormais un ensemble cohérent, en jouant la carte de l'unité territoriale d'un réseau, de la complémentarité et de l'authenticité historique. Un certain nombre d'entre eux comme le Mémorial de Caen, le musée du Débarquement d'Arromanches ou encore le D-Day Experience de Saint-Côme-du-Mont, entreprennent des travaux d'agrandissement ou de restructuration afin d'adapter et d'étoffer leur offre culturelle. Les pratiques dites immersives commencent également à se développer pour offrir aux jeunes visiteurs une "expérience" inspirée de la méthode anglo-saxonne. Les modes de transmission évoluent mais la matière historique est la même et les musées restent des lieux de compréhension et de partage.

 

À l'approche du dernier grand 6 Juin, on peut affirmer avec satisfaction que la Normandie est véritablement en ordre de marche pour accueillir avec une particulière émotion ses héros et assurer la préservation de leur héritage moral.

Franck Leconte - Directeur du service départemental de l'ONACVG du Calvados

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Le monde combattant

Le 20 novembre 1917, le président du Conseil, Georges Clemenceau, déclarait à la Chambre des députés "ils ont des droits sur nous", mettant en lumière l’obligation de l’État vis-à-vis du monde combattant. Ainsi naissait, grâce à la mobilisation des associations, le "droit à réparation".

Défilé des mutilés sur les Champs-Élysées lors de la fête de la Victoire à Paris
Défilé des mutilés sur les Champs-Élysées lors de la fête de la Victoire à Paris - © Joly/ECPAD/Défense

À l’issue de quatre années de conflit, le retour à la vie civile des anciens combattants est extrêmement difficile. Dans un contexte de grave crise économique, sociale et internationale, le gouvernement doit faire face à des centaines de milliers de soldats démobilisés, dont les moyens d’existence sont insuffisants. Les réformés, blessés et mutilés disposent déjà d’organisations d’entraide et surtout, de défense de leurs droits. Le régime des pensions militaires repose encore sur une loi de 1831, conçue pour une armée de métier, et totalement inadaptée à l’armée de conscription ayant mobilisé huit millions de soldats. Les pensions versées sont ridicules et l’engorgement des administrations provoque de multiples frustrations, générant un sentiment d’injustice et de colère. La société peine en outre à accorder une reconnaissance morale à ses blessés, incitant ceux-ci à se regrouper en associations locales et nationales pour peser ensemble dans l’espace public. C’est ainsi que la Fédération nationale des anciens militaires blessés, gratifiés et réformés n° 1, créée à l’origine par les anciens combattants mutilés des guerres de la seconde moitié du XIXe siècle et qui existe toujours sous le nom de Fédération André-Maginot des anciens combattants et victimes de guerre, s’organise avec d’autres associations fédérées lors d’un congrès au Grand Palais le 11 novembre 1917 puis d’un congrès à Lyon, en février 1918 (duquel surgira l’Union fédérale). Ces associations sont à l’origine de la création, en mars 1919, du "droit à réparation", au nom duquel l’État s’engage à verser des pensions aux blessés et aux familles des morts, disposition par la suite étendue aux victimes civiles de guerre.

 

Au moment où s’ouvre l’année 1919, et alors qu’une administration spécifique, le ministère des Pensions, se met en place pour gérer ce nouveau dispositif, la France connaît une dangereuse crise sociale. Rendus à la vie civile, de nombreux soldats démobilisés sont sans ressources et peinent à trouver un emploi dans une économie sinistrée. Certains de ces anciens soldats se retrouvent dans le cadre mis en place par les associations et fédérations de mutilés qui leur viennent en aide et intègrent leurs revendications ; d’autres commencent à s’organiser entre eux, autour de revendications politiques et sociales parfois radicales.

 

Soucieux d’organiser les démobilisés pour couper l’herbe sous le pied de la gauche révolutionnaire galvanisée par la révolution bolchevique, le gouvernement Clemenceau prend plusieurs mesures importantes, comme l’exonération, pour les anciens militaires et les veuves les moins fortunés, des impôts dus pendant les années de guerre. Il institue également une prime de démobilisation, et surtout, favorise la création d’une Union nationale des combattants, avec l’aide des milieux conservateurs, de l’Église et de l’armée. Déclarée le 11 novembre 1918, l’association organise sa première assemblée générale en février 1919 et compte déjà près de 100 000 membres. Elle aidera le gouvernement à maintenir l’ordre et l’activité économique, notamment lors des grèves de cheminots, et aidera financièrement les anciens combattants et les veuves de guerre, grâce à l’appui des milieux financiers.

 

Plus tard, l’Union fédérale et l’Union nationale des combattants constitueront les deux blocs, à gauche et à droite de l’échiquier politique de la IIIe République, autour desquels s’organisera ce que nous appelons toujours "le monde combattant". Du travail de ces associations et de leurs relations, parfois houleuses, avec l’État, est né le dispositif issu du "droit à réparation", aujourd’hui centenaire, et qui constitue toujours le principe de base des relations entre la Nation et ceux qui se sont battus et se battent encore pour elle.

Laurent Duval, chef de la section "vie associative" à la Direction des patrimoines, de la mémoire et des archives

Pour en savoir plus

Les Anciens combattants 1914-1940, Antoine Prost, Paris, Folio-Gallimard 1977-2014.

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Serge Barcellini

Créée en 1887, l’association Le Souvenir Français, présidée aujourd’hui par le contrôleur général des armées (2s) Serge Barcellini, s’est notamment donné pour mission de conserver la mémoire de ceux et celles qui sont Morts pour la France ou qui l’ont honorée par de belles actions.

Serge Barcellini
Serge Barcellini - © DR

Quel est le rôle du Souvenir Français au lendemain de la Première Guerre mondiale ?

 

En 1914, Le Souvenir Français est confronté à une double réalité : le nombre foudroyant de tués et l’impossibilité de se rendre sur les champs de bataille où les combattants sont inhumés. Les comités du Souvenir Français interviennent dès lors dans les villes de l’arrière où sont inhumés les combattants décédés dans les hôpitaux. Tel est le cas en particulier à Rennes où Francis Simon, président du Souvenir Français, demande dès 1916 le transfert d’un Soldat Inconnu au Panthéon. Une demande qui se traduira quatre années plus tard par l’inhumation d’un Soldat Inconnu à l’Arc de Triomphe. Dès que l’accès aux tombes est rendu possible, le Souvenir Français soutient la création d’une association baptisée "La cocarde du Souvenir" dont l’objectif est de fleurir les tombes des combattants et d’apposer sur chacune une cocarde. En 1923, l’association cesse ses activités et est intégrée au sein du Souvenir Français.

 

Comment se manifeste l’hommage de la Nation aux combattants dans le paysage français ?

 

Avant 1870, sur tous les champs de bataille napoléoniens, les soldats sont inhumés dès la fin des combats dans des fosses communes. Ni le lieu d’inhumation, ni les noms des combattants ne sont relevés. Un premier changement intervient en 1870. Les fosses communes sont transformées en ossuaires, comme c’est le cas à Bazeilles ou Champigny. Parallèlement, des tombes individuelles sont érigées pour les combattants enterrés dans les cimetières des villages. Avec la Première Guerre mondiale, l’intervention de l’État se généralise par la création, en 1915 (loi du 2 juillet), de la mention "Mort pour la France", qui donne un sens à la mort des combattants ; par la réglementation de l’inhumation des combattants en tombe individuelle lorsque cela est possible ; enfin par le regroupement des combattants dont le corps n’a pas été restitué aux familles dans des nécropoles nationales dont l'État doit assurer l'entretien à perpétuité. Le paysage mémoriel français est le résultat de cette volonté étatique.

 

Dès 1919, des familles endeuillées se rendent sur les anciens champs de bataille. Peut-on parler d’une forme ancienne de "tourisme de mémoire" ?

 

Avec la fin de la Première Guerre mondiale se mettent en place les trois éléments essentiels qui constituent le temps des pèlerinages du souvenir. Le premier est une loi qui officialise le droit au pèlerinage pour les familles des "Morts pour la France" dont le corps repose dans une nécropole nationale. Le deuxième est la création de guides des champs de bataille édités par la maison Michelin. Le troisième enfin est l’adaptation des territoires à l’accueil des visiteurs. Ce tourisme de pèlerinage a connu un temps fort entre 1919 et 1939 et a ensuite graduellement décliné. Depuis une dizaine d’années, un nouveau temps émerge, celui du tourisme de mémoire. Il repose sur une inversion des trois éléments précédents ; il est d’abord le résultat d’une adaptation du territoire.

 

Quelles sont aujourd’hui les "motivations" des touristes de la mémoire ?

 

J’en compte trois. Le "tourisme pédagogique", ce sont les groupes scolaires que les enseignants emmènent à la découverte des champs de bataille. Le "tourisme généalogique", ce sont les visiteurs qui justifient leur déplacement par l’existence d’un grand-père ou d’un arrière-grand-père combattant de la Grande Guerre. Ces touristes sont majoritaires chez nos amis du Commonwealth (Britanniques, Australiens, Néo-Zélandais, Canadiens). Enfin le "tourisme généraliste", ce sont les visiteurs qui sillonnent les champs de bataille comme ils visiteraient d’autres sites. Le devenir de la spécificité du tourisme de mémoire repose sur la nécessaire consolidation des deux premières composantes. Sans pédagogie, la mémoire n’est que culture. Sans généalogie, la mémoire perd sa dimension émotionnelle. Tel est l’enjeu des décennies post centenaire.

La rédaction

Pour en savoir plus

http://le-souvenir-francais.fr/

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Paris en 1919, capitale de la paix

Le 11 novembre dernier se tenait à Paris une première édition du forum sur la paix qui accueillait plus de 80 chefs d'état et de gouvernement. Cent ans auparavant, déjà, la capitale française accueillait les vainqueurs de la grande guerre pour préparer et négocier la paix.

Séance d’inauguration de la conférence de la paix au quai d’Orsay à Paris, janvier 1919
Séance d’inauguration de la conférence de la paix au quai d’Orsay à Paris, janvier 1919 - © Marcel Lorée/ECPAD/Défense

La paix, qui allait être signée à la suite du premier conflit mondial, était hors du commun à bien des égards. Il n’était pas seulement question de tracer de nouvelles frontières comme les anciens traités de paix l’avaient fait autrefois, mais désormais de reconstruire l’économie européenne, de ravitailler les populations civiles dont beaucoup étaient menacées par la famine, d’apaiser les tensions encore importantes à l’est du continent européen, de répondre au défi révolutionnaire en Russie, et plus largement de refonder les relations internationales sur des bases nouvelles.

 

LES PRINCIPES WILSONIENS, BASES DE LA FUTURE PAIX ?

 

Ces bases, le président américain Wilson les a précisées dans ses discours de l’année 1918, notamment lors des Quatorze points prononcés devant le Congrès américain le 8 janvier. Dans cette intervention, il présentait ce que devait être le nouvel ordre international et promouvait d’abord une "diplomatie ouverte", ce qui suscita de nombreux espoirs dans les opinions et chez les journalistes. Il s’agissait surtout d’éviter à l’avenir les traités secrets. Ensuite, influencé par son libéralisme, Wilson avait souhaité garantir la liberté des mers en temps de paix comme en temps de guerre et abaisser les barrières douanières au maximum. Le principe, révolutionnaire pour l’époque, du désarmement et la promesse d’un règlement équitable des questions coloniales complétaient ce regroupement de grands principes. Mais la nouveauté institutionnelle la plus remarquable était la proposition de création d’une "association générale des nations", un organe de sécurité collective chargé d’éviter le retour de la guerre et d’incarner un renouvellement du droit international. Complétés par des points territoriaux redessinant la carte de l’Europe selon le principe du droit des peuples (sans mentionner l’expression) dont le retour de l’Alsace-Lorraine à la France, ces principes wilsoniens firent beaucoup pour la popularité du président américain en Europe.

 

Ces idées auraient pu rester lettre morte si celles-ci n’avaient pas été proposées par le gouvernement allemand comme la base de la future paix dans leur demande d’armistice du 3 octobre 1918. Ludendorff souhaitait obtenir un armistice-répit pour ses troupes et le secrétaire d’État aux Affaires étrangères, von Hintze, trouva adéquat de demander une discussion de paix sur la base des idées de Wilson qui paraissaient être les moins dures pour l’Allemagne. Afin d’amadouer le président américain, les militaires allemands proposèrent de confier le gouvernement à un prince libéral de la chancellerie, Max de Bade, ce qui permettait de léguer le fardeau de la mauvaise situation militaire à des civils plutôt qu’à des militaires. Cette proposition fit l’objet de quatre échanges de notes entre Wilson et les Allemands qui aboutirent à un accord sur le sujet. Il restait à convaincre les Alliés, réticents d’abandonner leurs projets de buts de guerre sur l’autel du wilsonisme. Les Français souhaitaient pouvoir neutraliser la rive gauche du Rhin, la détacher de l’Allemagne tout en annexant la Sarre, autant de points absents des discours wilsoniens. À Londres, on s’inquiétait des prétentions de Washington de supprimer l’arme du blocus à travers le principe de la liberté des mers.

 

PARIS, UNE "VILLE-MONDE"

 

Ce n’est qu’en menaçant les Alliés européens de faire une paix séparée que les Américains obtinrent leur accord pour faire des principes wilsoniens la base de la paix, hormis deux réserves sur la liberté des mers et les réparations. Cet accord entre vainqueurs et vaincus aurait dû amener une paix rapide et consensuelle. Néanmoins, très rapidement, chaque pays s’est senti très modérément tenu par cette promesse. Alors que dans les opinions européennes, on souhaitait faire payer les vaincus pour le bilan de la guerre, Wilson décida de venir directement en Europe pour négocier la paix personnellement. Une première pour un président américain en exercice.

 

27 délégations alliées se réunirent à Paris pour négocier la paix, ce qui fit apparaître Paris comme une "ville-monde". La conférence plénière plaça en tête de son ordre du jour la création de la Société des Nations. Wilson pensait que la nouvelle organisation serait la pierre angulaire de la paix et qu’elle compenserait les éventuelles limites des traités. Très rapidement, ce concert mondial laissa place au retour d’un concert de grandes puissances, le cénacle privé et secret du Conseil des Quatre, rassemblant Wilson, Clemenceau, Lloyd George et Orlando, au grand dam des journalistes présents pour ce symposium diplomatique. Les discussions en son sein, parfois tendues, traduisirent les intérêts contradictoires des vainqueurs et aboutirent à de difficiles compromis. Les questions les plus débattues furent celles de la Rhénanie et de la Sarre, et celle des réparations. À plusieurs reprises, on frôla la rupture entre les Grands : la délégation italienne quitta même Paris à cause de la question adriatique, tandis que Wilson prépara son navire pour un retour anticipé à Washington.

 

"UNE PAIX CARTHAGINOISE ?"

 

Pour préparer ces travaux, les Grands firent appel à des experts (historiens, géographes, juristes, ethnologues) pour obtenir des conseils aux fins de tracer les frontières des futurs États ou de trancher un différend territorial. Il est à noter que les dirigeants alliés n’avaient qu’une prise relative sur les événements à l’est de l’Europe : les dirigeants des nouveaux États occupèrent le plus souvent les territoires qu’ils revendiquaient sans en référer à Paris et firent valider in fine leurs prises de guerre. Comme une danse sur un volcan, les décideurs de la paix avaient à traiter de la situation révolutionnaire en Russie et en Hongrie, oscillant entre négociation d’ensemble et politique contre-révolutionnaire. Cette dernière position prit progressivement le dessus sur la première. Dans d’autres pays, la crainte du passage au bolchevisme resta à l’esprit des vainqueurs au moment où il fallait faire signer les traités aux vaincus.

 

Pour finir, les compromis s’élaborèrent lentement entre vainqueurs et les conditions de paix furent présentées aux vaincus, chacun pris isolément. Étant donné les difficultés de la négociation interalliée, les vainqueurs présentèrent la facture aux vaincus sans véritable possibilité de la discuter oralement. La délégation allemande souligna les coups de canifs portés par les Alliés au "contrat" négocié en octobre-novembre 1918. Néanmoins, sous la menace d’une reprise des hostilités, les vaincus signèrent les traités de paix. Une paix carthaginoise comme le dit Keynes ? Les historiens ont beaucoup débattu de sa faisabilité, de ses limites : aujourd’hui beaucoup mettent en avant le poids du contexte et les contraintes pesant sur les acteurs pour l’expliquer.

Vincent Laniol - Agrégé et docteur en histoire

Pour en savoir plus

Faire la paix sans l’ennemi ? L’exemple de la Conférence de la Paix de 1919, Vincent Laniol, Bulletin de l'Institut Pierre Renouvin, vol. 42, no. 2, 2015.

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1919, honorer les combattants

La journée nationale du 11 novembre, que tout le monde connaît aujourd'hui, trouve ses origines dans les célébrations de l'année 1919 ainsi que sa double signification qui perdurera longtemps : l'hommage aux morts que le deuil de masse impose aux nations belligérantes et la volonté, partagée avec les Alliés, de fêter la victoire.

Le cercueil du Soldat inconnu hissé sur un canon de 155 sous l’Arc de Triomphe lors des cérémonies du 11 novembre 1920 à Paris
Le cercueil du Soldat inconnu hissé sur un canon de 155 sous l’Arc de Triomphe lors des cérémonies du 11 novembre 1920 à Paris - © Excelsior-L’Équipe/Roger-Viollet

Sommaire

    Galerie photos

    Conflit d’un type nouveau, la Grande Guerre se distingue aussi du point de vue dont la société française en a construit et entretenu le souvenir public. Les monuments aux morts érigés dans les 36 000 communes du pays et auxquels répond à Paris le Soldat inconnu inhumé sous l’Arc de Triomphe ; le rituel du 11 Novembre accompli par les communautés locales devant les monuments comme par les plus hautes autorités de l’État devant l’inconnu : autant d’éléments d’un système commémoratif cohérent. Mis en place en quelques années seulement, celui-ci imprime fortement sa marque dans le temps et dans l’espace collectif.

     

    Cette commémoration se signale aussi par la durée de son empreinte. Les célébrations du centenaire viennent encore de témoigner de son caractère mobilisateur, en dépit du fait que les derniers témoins directs du conflit ont disparu : ou, plutôt, la mémoire de 14-18 n’est-elle pas de manière constitutive une dramaturgie d’un combat contre l’oubli que la mise en scène publique de la disparition des "derniers poilus" à la fin des années 2000 a contribué à réactiver ?

     

    Concentrer l’étude sur la première année seulement après l’armistice n’a rien d’évident. Il est plus habituel de scruter la mise en place de la commémoration, jusqu’au milieu des années 1920 (lorsque les principaux éléments du système commémoratif sont bien en place) ou à l’échelle de l’entre-deux-guerres. Changer ainsi de focale chronologique permet en revanche de voir peut-être autre chose. Dans cette mémoire en construction, foisonnement des projets et initiatives rapidement abandonnées sont autant de tâtonnements et de ratures permettant d’imaginer d’autres mémoires possibles de la guerre, des voies qui, si elles ne furent finalement pas arpentées, étaient néanmoins ouvertes au sortir de la Grande Guerre. Une façon d’ôter à la commémoration de la Grande Guerre son caractère d’évidence. Au-delà, c’est surtout l’articulation entre une mémoire "célébrative" des vainqueurs et de la victoire, d’une part, et une mémoire des morts et de la perte, d’autre part, qui se donne à lire depuis cet observatoire.

     

    CÉLÉBRER LES VAINQUEURS

     

    La signature de l’armistice ouvre un moment d’intense débat public sur la commémoration de la guerre. Inscription de la mémoire de la guerre dans la pierre de statues et de stèles ou bien dans le calendrier public à travers l’instauration d’un jour dédié : toute une partie des projets évoqués et des manifestations organisées en 1918 a pour objet les vainqueurs, les héros, les soldats de retour du front. À la Chambre des députés, les mois de novembre et de décembre 1918 voient le dépôt et la discussion de nombreux projets de résolutions et de lois concernant les hommages à rendre aux acteurs de la guerre et les moyens de les inscrire dans le temps. Si la question du culte des morts occupe une place centrale dans ces débats, elle n’est pas la seule et il s’agit aussi, plus largement, d’assurer la perpétuation du souvenir du sens même de la guerre et de sa conclusion tels qu’ils sont alors compris.

     

    Dès le 11 novembre, les députés débattent d’un projet de loi visant à "rendre un hommage national aux armées, au président du Conseil, George Clemenceau, et au maréchal Foch" à travers une inscription permanente dans toutes les écoles et les mairies. Significativement, un amendement des socialistes Bracke et Renaudel proposant que, à la place des "artisans de la victoire" mentionnés dans le texte originel, l’inscription ne fasse mention que de la République, est repoussé. La question d’une exploitation politique de la victoire par un régime républicain, dont les adversaires n’avaient cessé de remettre en cause avant 1914 la capacité à conduire une guerre, est mise de côté : la volonté de prolonger l’Union sacrée pèse ainsi fortement sur ce moment inaugural de la mise en mémoire du conflit. Le caractère républicain de la victoire en est resté jusqu’à aujourd’hui un angle mort.

     

    La discussion d’un second amendement de Bracke et Renaudel illustre une autre des coordonnées de la mémoire publique de la guerre telle que, à la fin des hostilités, elle semble devoir se construire : la place centrale des Alliés, indissociable du sens alors largement donné à la fin de la guerre comme victoire des démocraties sur l’impérialisme. L’amendement demande qu’un second texte, rendant hommage au président Wilson, soit gravé sur les murs de toutes les écoles et mairies du pays. La proposition, élargie à la nation américaine et à tous les autres alliés, sera finalement votée le 20 novembre. Le fait est significatif – plus largement – d’un accord très large sur l’importance de placer la figure collective des Alliés au centre de la représentation de la Grande Guerre que l’on souhaite alors transmettre à la postérité. Il annonce le projet, déposé quelques jours plus tard, de faire de la date du 11 novembre une fête interalliée pour "glorifier l’issue victorieuse de la guerre et commémorer la libération des peuples". Rapprochée des nombreux projets de monuments mettant en scène les Alliés comme protagonistes centraux, cette proposition laisse, elle aussi, entrevoir une autre mémoire possible de la Grande Guerre. Une voie que le reflux rapide de l’exaltation des Alliés et la renationalisation rapide de la mémoire de la guerre vouent à être délaissée dès les premières années de l’après-guerre.

     

    DES "FÊTES DU RETOUR" À LA "FÊTE DE LA VICTOIRE"

     

    À côté de la discussion de projets mémoriels inscrits dans la durée, l’année 1919 est marquée par de nombreuses célébrations d’hommage aux combattants au moment crucial de leur retour. Alors que le 11 novembre 1918, Bruno Cabanes l’a souligné, constitue l’acmé du sentiment de distance que ressentent les soldats à l’égard d’un "arrière" accusé d’indifférence et d’ingratitude, leur réintégration dans le monde civil est un enjeu majeur de la démobilisation. Les manifestations de reconnaissance qui saturent alors l’espace public sont censées, dans le cadre de l’"économie morale de la démobilisation", constituer  symboliquement la rétribution – évidemment toujours insuffisante – du sacrifice des soldats et conjurer la division.

     

    Des cérémonies de "retour des régiments" se déroulent ainsi au rythme du processus de démobilisation : les troupes effectuent en sens inverse le chemin qui les a conduites, en août 1914, de leur caserne à la gare locale d’où elles sont parties pour le front. Il s’agit de clore symboliquement le temps de la guerre, non sans satisfaire le fantasme d’un "retour à la normale". Ces fêtes sont aussi le moyen de rendre au retour éparpillé des soldats son caractère d’expérience collective, ce qui permet également aux civils et aux communautés locales de rendre hommage aux combattants. Ce moment – largement fictif – du retour des régiments est aussi l’occasion pour les toutes récentes associations d’anciens combattants de prendre une première initiative en organisant une fête. Ces associations affirment ainsi déjà leur rôle de gardiennes de la mémoire du sacrifice des survivants comme des morts.

     

    L’été 1919 est le point culminant des manifestations symboliques de la reconnaissance publique aux combattants. La signature du traité de paix à Versailles, le 28 juin, occasion de nouvelles célébrations collectives, marque une étape cruciale de la sortie de guerre. Le processus de démobilisation, interrompu en avril pour parer à l’éventualité d’une progression de l’armée en Allemagne en cas de refus des conditions imposées à la conférence de la paix, reprend. Les conditions sont réunies pour l’organisation de la "fête de la victoire" à Paris, le 14 Juillet, pendant national des fêtes du retour. Le programme symbolique de la journée est déjà une forme de mise en récit mémoriel de la guerre. Troupes françaises et alliées conduites par les maréchaux Foch et Joffre traversent la capitale de la porte Maillot jusqu'à la place de la République, en passant sous l’Arc de Triomphe avant de descendre les Champs-Élysées, de traverser la place de la Concorde et de défiler sur les grands boulevards. Entre un et deux millions de personnes assistent à ce défilé. Discrétion de la référence républicaine (son seul rappel est le point final du défilé, place de la République), omniprésence de la symbolique interalliée (avec des contingents de toutes les nations alliées) et centralité de l’hommage aux morts – nous y reviendrons – en constituent les traits principaux.

     

    Trois semaines plus tard, la "fête de la reconnaissance nationale", organisée par l’Union française des grandes associations et le gouvernement les 2 et 3 août – anniversaire du début de la guerre –, s’inscrit dans la même perspective. Le 2, dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, plusieurs centaines d’enfants des écoles écoutent, en présence de soldats blessés et mutilés, des déclarations du président de la République, du président du Conseil, du maréchal Foch, d’Ernest Lavisse et autres figures politiques et culturelles. La journée du 3 août propage le message de la veille dans l’ensemble du pays. Les préfets diffusent un modèle de cérémonie, apparemment largement repris par les communes : discours du maire, lecture devant la population des déclarations du président de la République et du président du Conseil lors de la cérémonie à la Sorbonne, remise d’un diplôme aux familles des Morts pour la France.

     

    La scénographie de la cérémonie de la Sorbonne – mieux encore que les discours – en dit clairement le sens : témoigner de la reconnaissance du pays aux combattants nécessite aussi, pour la communauté civique, d’assurer à ces derniers que la mémoire de leur sacrifice – d’où la présence spécifique de soldats blessés et mutilés – sera entretenue et préservée dans le temps – c’est le sens de la présence des enfants. La cérémonie n’est autre chose qu’une mise en scène de l’acte de conservation du souvenir du conflit ou, plus exactement, du sacrifice. L’exigence de reconnaissance et le sentiment – symétrique – d’une dette à acquitter sont tels qu’ils doivent d’emblée se donner comme durables : célébrer les vainqueurs revient déjà à construire la mémoire de leur sacrifice. Jay Winter constate qu’à partir de 1914 "la commémoration devint un acte de citoyenneté. Se souvenir, c’était affirmer l’existence de la communauté nationale, son caractère moral".

     

    HONORER LES MORTS

     

    La commémoration des morts est inscrite au cœur des manifestations de reconnaissance rendues aux vainqueurs en cours de démobilisation, au point de tendre à éclipser ces derniers. Clemenceau s’adressant à la Chambre le 11 novembre 1918 attribue ainsi à "nos grands morts" le mérite premier de la victoire. Quelques mois plus tard, les organisateurs de la fête de la victoire du 14 juillet 1919 sont confrontés très pratiquement à la difficulté de ne pas amoindrir la portée de la célébration des vainqueurs par l’hommage aux morts. C’est finalement le choix de l’installation d’un cénotaphe mobile sous l’Arc de Triomphe qui l’emporte : les morts seront ainsi honorés par une foule recueillie au cours de la nuit précédant le défilé ; le lendemain matin, le cénotaphe sera écarté pour laisser passer le cortège triomphal. Il avait même été un temps envisagé que les troupes défileraient silencieusement devant un monument aux morts placé sur les Champs-Élysées.

     

    Lors de la fête de la reconnaissance nationale, le 3 août 1919, les cérémonies locales accordent très souvent une place centrale aux morts. Par exemple, la municipalité d’Amiens fait défiler les 5 000 enfants des écoles de la ville devant un monument provisoire élevé à la mémoire des disparus. Au cœur même de l’hommage aux vivants se lit ainsi la tendance de la mémoire de la Grande Guerre à se confondre avec le culte rendu aux morts. Ceux-ci se situent au sommet d’une hiérarchie des combattants que les décorations militaires ne déterminent que de manière secondaire, derrière le sacrifice suprême. Lors du volet parisien de la fête de la reconnaissance nationale, le 2 août 1919, Léon Robelin déclare ainsi : "les morts […] plus que les vivants encore, ont assuré la pérennité de la patrie".

     

    Le destin d’une proposition de résolution déposée à la Chambre en novembre 1918 en vue de réunir dans un livre d’or toutes les citations de la guerre est également significatif. Lorsque ses promoteurs demandent que les citations attribuées pendant la guerre soient inscrites sur le livre d’or des Morts pour la France alors en projet, le rapporteur répond : "nous avons pensé que la plus belle des citations était aussi la plus égalitaire : "Mort pour la France". Nous ne voulons ajouter rien d’autre sur le livre d’or à cette simple et émouvante mention". La mort, dans la mémoire de la Grande Guerre, ne nivelle pas seulement la hiérarchie militaire (les distinctions de grades sur les monuments commémoratifs sont moins présentes qu’après les conflits précédents) mais l’héroïsme même. Le 1er octobre 1919, la "loi établissant dans chaque commune un mémorial de la Grande Guerre" prévoit bien la fourniture par l’État aux communes d’un registre contenant les noms, citations et blessures de tous ceux ayant pris part à la guerre. Cette loi repose encore sur l’idée d’une commémoration étendue à tous les militaires "ayant pris part aux opérations de la campagne de 1914-1918" et non focalisée sur les seuls morts. Significativement, elle était destinée à ne guère être appliquée.

     

    "DES LABORATOIRES DE LA COMMÉMORATION"

     

    De fait, les cérémonies de reconnaissance liées au contexte du retour des combattants et à la démobilisation en 1919 ont pu constituer des laboratoires de la commémoration. Le cénotaphe de la fête de la victoire du 14 juillet 1919 annonce les monuments aux morts de même que les hésitations des organisateurs quant à la place à accorder au silence au cœur de la fête résonnent avec l’importance que la minute de silence est appelée à prendre dans la liturgie des cérémonies du 11 Novembre dès les années 1920.

     

    Bien sûr, fêtes du retour et discussions législatives ne constituent que la partie la plus visible d’un mouvement plus profond qui s'ancre aussi dans les territoires avec l'apparition de cérémonies locales. En effet, l'année 1919 voit se multiplier les inaugurations de monuments aux morts issus d’initiatives des maires ou d’autres personnalités et de souscriptions publiques.

     

    La mobilisation est d’autant plus forte que les monuments constituent une forme de tombe de substitution alors que les disparus dont le corps n’a pu être identifié se comptent par centaines de milliers. Les cérémonies d’inauguration de ces monuments, dont beaucoup se déroulent le 11 novembre 1919, constituent la première esquisse du rituel commémoratif appelé à scander dans tout le pays, et autour de ces mêmes monuments, les anniversaires de l’armistice durant l’entre-deux-guerres et au-delà.

     

    À l’issue de l’année 1919, la question de l’institution nationale d’une date annuelle pour la commémoration de la guerre reste pourtant ouverte. La création d’une commémoration le 11 novembre est certes envisagée dès novembre 1918. Mais ce qu’il s’agit alors de commémorer, c’est la victoire, non bien sûr en une exaltation militariste mais en une célébration interalliée du triomphe des démocraties. Un an plus tard, la date du 11 novembre semble délaissée par le législateur. Soucieux de ne pas multiplier les jours fériés dans un contexte économique délicat, celui-ci prévoit alors que les communes organiseront tous les 1er ou 2 novembre (jours de la Toussaint et de la Fête des morts) une cérémonie consacrée "à la mémoire et à la glorification des héros morts pour la patrie […] organisée par la municipalité avec le concours des autorités civiles et militaires". Ce n’est qu’en 1922 que les anciens combattants obtiendront que soit déclaré fête nationale le 11 Novembre. Mais la signification de ce 11 novembre sera alors tout autre de celle envisagée en 1918. Le 11 Novembre des anciens combattants, celui qui s’est imposé, sera focalisé sur l’entretien du souvenir de leurs camarades disparus.

     

    Près d’un an après la fin des combats, le vote de la "loi relative à la commémoration et à la glorification des morts pour la France au cours de la Grande Guerre" répond à une préoccupation largement présente dans la société française depuis 1916 au moins. Le texte prévoit notamment le dépôt au Panthéon de registres comportant les noms de tous les Morts pour la France ; la remise par l’État à chaque commune d’un livre d’or rassemblant les noms des morts, nés ou habitant dans la commune ; l’érection d’un monument national commémoratif des Morts pour la France à Paris ou aux environs ; l’attribution aux communes d’aides aux initiatives prises pour glorifier les Morts pour la France ; l’organisation – déjà évoquée – par les municipalités, tous les 1er ou 2 novembre, d’une cérémonie à la mémoire des morts. Plusieurs dispositions ne seront pas appliquées, signe que le "travail culturel" (Daniel Sherman) de construction de la mémoire n’est encore que partiellement accompli. Mais, déjà, la tendance vers une réduction de la mémoire publique de la Grande Guerre à la seule mémoire des morts s’affirme nettement.

     

    Entre les voies possibles d’une mémoire d’exaltation de la nation par ses hauts faits, d’une mémoire de légitimation politique du régime républicain ainsi que du sens du combat et d’une mémoire de recueillement et de consolation des endeuillés, l’orientation générale du sens de la commémoration de la Grande Guerre était déjà établie.

    Victor Demiaux, docteur en histoire, directeur de cabinet du président de l’EHESS

    Pour en savoir plus

    Entre Deuil et mémoire. La Grande Guerre dans l’histoire culturelle européenne, Jay Winter, Paris, Armand Colin, 2008.

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    En résumé

    DATE : 14 juillet 1919

    LIEU : France

    OBJET : Défilé de la Victoire

    PARTICIPANTS : France, Alliés

    Les enfants de France fêtent les vainqueurs à la Sorbonne, le 2 août 1919. Photographie parue dans le journal Excelsior du 3 août 1919

    Les enfants de France fêtent les vainqueurs à la Sorbonne, le 2 août 1919. Photographie parue dans le journal Excelsior du 3 août 1919

    © Excelsior-L’Équipe/Roger-Viollet
    Défilé des troupes anglaises à l’Arc de Triomphe le 14 juillet 1919, Paris

    Défilé des troupes anglaises à l’Arc de Triomphe le 14 juillet 1919, Paris

    © Neurdein/Roger-Viollet
    Les maréchaux Joffre et Foch en tête du défilé de la Victoire le 14 juillet 1919, Paris

    Les maréchaux Joffre et Foch en tête du défilé de la Victoire le 14 juillet 1919, Paris

    © Neurdein/Roger-Viollet
    Le cénotaphe élevé aux « Morts de la Patrie » près de l’Arc de Triomphe, 14 juillet 1919

    Le cénotaphe élevé aux « Morts de la Patrie » près de l’Arc de Triomphe, 14 juillet 1919

    © Albert Harlingue/Roger-Viollet
    Arc de triomphe des communes de Carrépuis et Fouquescourt dans la Somme pour célébrer la victoire, été 1919

    Arc de triomphe des communes de Carrépuis et Fouquescourt dans la Somme pour célébrer la victoire, été 1919

    © Roger-Viollet
    Décoration de la rue de Turbigo pour les fêtes de la Victoire en juillet 1919. Photographie parue dans le journal Excelsior du 13 juillet 1919

    Décoration de la rue de Turbigo pour les fêtes de la Victoire en juillet 1919. Photographie parue dans le journal Excelsior du 13 juillet 1919

    © Excelsior-L’Équipe/Roger-Viollet

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